J’ai habité aux
USA pendant quelques années, un magnifique pays avec ses contrées
sauvages, ses étendues immenses de nature quasi vierges, ses villes
vivantes 24h/24, colorées, musicales, hétéroclites, mélangées,
ses habitant-e-s pour la plupart tolérant-e-s, accueillants,
simples, attaché-e-s à leur liberté, à la démocratie, à la
Constitution, ses universités et centres de recherche innovants, sa
démesure festive, … J’ai aimé y vivre et j’y ai gardé des
ami-e-s !
J’ai traversé le
pays d’est en ouest, du sud au nord et la diversité y est
flagrante, les inégalités tout autant, les mentalités aux
antipodes parfois. L’histoire « occidentale » de ce
grand pays est récente et les « premières nations » ont
subi une sorte de génocide à l’arrivée des immigrants et leurs
territoires spoliés. La beauté et la violence, voilà les USA !
Et puis
l’individualisme forcené, le rêve de réussite dans un pays libre
de régulation administrative, l’organisation en états fédéraux
avec ses lois propres, une armée puissante qui impose sa domination
au monde…

Ces quatre dernières
années, le « make America great again » était un leurre
parfait pour rassembler une ruralité laissée pour compte dans un
pays sans services publics pour ainsi dire, sans système de santé
généralisé et accessible, sans retraites, où l’argent est roi,
où Dieu est sur le billet vert ! Les discours populistes du
milliardaire de l’immobilier new-yorkais a trouvé un écho parmi
cette population nombreuse avec ses promesses de jours meilleurs et
d’emplois préservés grâce à une guerre économique contre la
Chine, l’Europe, la Russie, l’Iran, et que sais-je encore
avec un enfermement sur soi et le rêve du retour d’une grande
Amérique, celle des pionniers qui ont contribué à sa richesse et
...sa suprématie ! Sans compter une certaine « nostalgie »
où les blancs régnaient en maître, les noirs étant leurs esclaves
et serviteurs et plus tard, les chinois étaient les manœuvres
corvéables à merci avant l’invasion des hispaniques mexicains,
puis cubains et autres…
Le dictateur
américain avec tous ses pouvoirs, a bien utilisés ces pouvoirs à
son profit et ceux de ses proches à sa botte, car un écart et
c’était « you are fired » ! La mémoire de la
puissance américaine lui est montée à la tête et il s’est mis
au-dessus des lois, construit un électorat en flattant les instincts
les plus bas, en valorisant les colères, les détresses, en
profitant d’une certaine naïveté avec ses discours simplistes et
grandiloquents, en fermant les yeux sur les excès de violence à
l’encontre des minorités, en dédouanant les agissements
mortifères de la police…
Son empire financier
et celui de ses « amis contributeurs » n’a fait que
croître et bien sûr quatre ans de mandat c’est trop court pour
installer la légende dans l’histoire de celui qui se dit « le
meilleur, le plus fantastique, le jamais vu, le….. », les
superlatifs étant sa spécialité verbale.
On sait bien où
mènent les excès et tout en installant la peur, la crainte, nul
n’est à l’abri. Et les rancunes, les déceptions, la réalité
des faits ont commencé à creuser le fossé entre les communautés,
entre les régions, entre la ville et la campagne, attisées,
encouragées par celui qui se prend pour le maître du monde et a
besoin du soutien des foules hystérisées, lobotomisées, ...
pour y croire.
Ce climat délétère
commence à se faire sentir et l’Amérique est divisée
drastiquement dans une ambiance qui ressemble de plus en plus à une
pré-guerre civile. Il ne faut pas oublier non plus qu’aux
Etats-Unis il y a 400 millions d’armes entre les mains des gens.
Ainsi sont revenus au premier plan ses plus grands soutiens :
les militants d’extrême-droite Qanon, les
suprémacistes blancs (ex-KuKluxKlan), ces racistes sudistes, les
membres de la NRA - national rifle/armes association – le
populiste party/teaparty,
bref les clans les plus
violents et conservateurs du pays… et ils sont nombreux. Comme dans
nos souvenirs des années les plus sombres, ils ont trouvé et
suivent aveuglément leur
leader, obéissent à
ses ordres, ses plans, ses stratégies...Avec l’exploitation des
gazs bitumeux-de schistes, la réexploitation du charbon super
polluant, les dérèglementations à outrance, cela a permis une
certaine stabilité et même un enrichissement qui a tracé des
perspectives d’une réduction provisoire du chômage et des baisses
d’impôts.

Mais
l’image internationale des USA a commencé à se dégrader avec ses
tweets délirants, ses frasques et comportements psychotiques, ses
excès dictatoriaux, son individualisme sans borne, l’Amérique
était pleinement identifiée, assimilée à ce personnage fantasque
et globalement dangereux avec les pouvoirs qui étaient entre ses
mains. Le Congrès n’arrivait même plus à le réguler et son
équipe ministérielle changeait selon ses humeurs…
Il y avait donc une réelle,
très forte attente de changement à l’occasion de ces élections
de novembre dernier. Avec la crise du Covid19, on pouvait s’attendre
à un scénario perturbé d’autant que le système électoral
américain des « grands électeurs » est un suffrage
universel par niveaux.
Cependant, ce fut une
participation massive, par voie postale et vote électronique, et un
réel souci démocratique de comptabiliser chaque voix pour le camp
démocrate. Certains souvenirs d’élections précédentes restaient
en mémoire !!!
Le Président sortant savait
qu’il pourrait contester tout et n’importe quoi, distiller
mensonges et contre-vérités, corrompre gouverneurs et juges, mais
à force de cracher sur les médias, ceux-ci ont ouvert tous leurs
canaux d’information et d’enquêtes pour contredire le
manipulateur et même les fonctionnaires d’État ne pouvaient plus
suivre les délires du locataire de la Maison Blanche. Sentant le
vent tourner, il a voulu même arrêter les décomptes, un
non-respect total des électeurs-électrices.
Mais , après vérifications
longues, recomptage dans certains Etats, son concurrent avait 7
millions de voix de plus et l’écart des grands-électeurs était
tout aussi important. Les recours et contestations sont tous tombés
à plat devant les faits avérés, les résultats. Et
même sa dernière tentative de corruption (pour « trouver »
12 000 voix ! ) dans la Sénatoriale en Georgie s’est
retournée contre lui puisque le gouverneur, pourtant de son bord
politique, ne l’a pas suivi. L’attachement à la démocratie est
forte chez la plupart des américain-e-s, Républicains
et/ou Démocrates.
Mais le maître du monde,
soutenu par Dieu, ne pouvait pas perdre, rien ne peut lui résister.
Alors, il compte sur la foule des supporters infantilisés, drogués
à ses rêves-promesses, son mythe construit, et la fange la pire de
cette Amérique raciste, conservatrice, suprémaciste blanche, armada
fortement armée et prête à tout puisque déculpabilisée et
soutenue par le président lui-même.
Comme tout lui donnait tort,
il ne lui restait plus que l’insurrection pour renverser le
processus démocratique. Le jour de la validation au Congrès des
résultats des urnes, Trump exhorta ses troupes les plus extrêmes
rassemblées à Washington
à marcher sur le Capitole
et interrompre ainsi la séance en créant le chaos.
On a vu au travers les images
des médias en direct tous les leaders racistes en première ligne
dans l’envahissement des bureaux et des lieux symboliques du
capitole. Ce n’était pas une improvisation de circonstance, mais
un plan bien préparé à l’avance et qui circulait sur les réseaux
de ces groupes.
Dans cet état d’urgence
ainsi crée, il aurait pu
demander une rallonge de mandature afin de rétablir l’ordre et
ainsi rajouter des pouvoirs supplémentaires encore dans la politique
intérieure du pays fédéral. Et bien sûr reporter l’investiture
de son concurrent Biden.
Face à un rejet quasi
général, même de ses propres sénateurs républicains, et la
reprise en main par la police et l’armée du Capitole, quelques
heures après, il fait le coup du « en même temps »
c’est à dire qu’après
avoir clamé « marchez sur le Capitole », il déclame
quelques heures plus tard,
« rentrez chez vous paisiblement » !!!! Mais ce fut
le pas en trop !
Il a signé son arrêt de mort
politique, même si sa dernière déclaration est du genre « on
nous a volé cette élection, la transition se fera, mais le combat
continue ». Il ne reconnaît ni le résultat de l’élection,
vérifiée, recontrôlée, validée, ni sa défaite, ni son
exhortation à l’insurrection contre les valeurs démocratiques et
la Constitution américaine. L’article
25 de cette constitution devrait l’écarter de la Maison Blanche
pour les quinze jours restants de son temps de mandature et lui
interdire de se représenter dans quatre ans. Et puis, redevenu
citoyen, il n’est pas à l’abri de nombreux procès sur ses
affaires qui pourraient revenir à la surface, sans compter tout ce
qu’on va pouvoir éclaircir sur ses frasques présidentielles, ses
accointances et dérives diverses.

L’Amérique démocratique a
réussi à se débarrasser de son pire président de toute son
histoire, même si elle a été mise en danger dramatiquement lors de
ce dernier épisode hallucinant de ce mercredi 6 janvier 2021 (et
avec quelles complicités pour rentrer si facilement dans ce bâtiment
ultra-sécurisé normalement ? ).
Le duo Biden-Harris aura du
mal à réconcilier un pays divisé, hystérisé.
Mais l’avenir n’est pas
écrit...