On peut chercher
longtemps de la cohérence, du sens dans ce monde déshumanisé où
chacun-e essaie de tracer son chemin avec l'impression d'avoir
accompli quelque chose.
On hausse les épaules
tous les jours quand on reçoit un flot de mots construits pour
soit-disant nous informer et faire avancer nos réflexions, mais de
fait on nous lobotomise avec des idéologies matraquées du matin au
soir sur tous les médias envahis de publicités racoleuses.
A cette période
(2025-2026), les agriculteurs manifestent contre le traité Mercosur
d'accords d'échanges bilatéraux entre pays d'Amérique du Sud et
Europe. Pas d'importations de viandes dont leur élevage ne
respectent pas les normes sanitaires européennes. Mais construction
de mégabassines - réserves d'eau vitale - pour sauvegarder les
élevages intensifs, les monocultures de maïs-soja destinés à
...l'exportation ! De même, on argumente la dette nationale
pour empêcher toutes nouvelles avancées sociales de hausses de
salaires ou retraites à 60 ans, mais chaque jour des milliers de
containers arrivent par les tankers dans les ports français chargés
d'objets éphémères à bas prix made in China et fabriqués dans
des conditions qui nous scandalisent...Il faut vraiment fouiller pour
trouver de la cohérence et de la logique là-dedans ! Imaginer
que des banquiers d'investissement vont aider des projets émergents
est tout autant un leurre car ces gens ne financent que ce qui
rapporte de suite des bénéfices importants à se reverser et aux
actionnaires qui ne produisent rien.
L'argent, le pouvoir, le
sexe, voilà les fers de lance de la pensée « émancipée »
de ce 21ème siècle. Et pas question de critiquer, de faire
réfléchir, voir d'agir pour éveiller les consciences, car là vous
devenez un « terroriste » à réprimer, enfermer, avec
une particule devant, selon les thèmes abordés. Anarcho-terroriste,
islamo-terroriste, éco-terroriste, narco-terroriste, ….,
facho-terroriste n'existe pas encore et pour cause ! On
observe ce monde qui a perdu toute humanité, toute cohérence, et
qui se vautre dans une consommation ou une survie qui n'a plus aucun
sens.
« Quand tu ne
sais plus où tu vas, souviens-toi d'où tu viens ».
Pour des personnes de ma
génération, on peut mesurer l'écart énorme entre nos premières
années et le crépuscule de notre vie.
Avoir un toit, un
logement sans dettes et avec peu de charges d'entretien, pouvoir se
nourrir sainement quotidiennement, avoir la possibilité de se
déplacer pour des échanges, des liens, être en capacité de
bénéficier de soins accessibles à tous, pouvoir offrir du temps à
l'éducation de nos plus jeunes, …, voilà synthétiquement ce que
l'espèce humaine peut souhaiter. Dans cette énumération, où nous
situons-nous ? Et pour arriver à cela, quels sont les chemins à
parcourir, les obstacles à franchir, les rêves à déconstruire...
Je me souviens bien de certaines situations que j'ai vécu et vu
évoluer au courant de ces dernières décennies.
J'ai été élevé dans
une maison très modeste et petite qui était la partie habitable
d'une ancienne petite ferme familiale qui n'existait plus, avec un
petit terrain autour, avec quatre sœurs. Ma mère a été coiffeuse
avant de se consacrer entièrement à ses enfants en faisant aussi de
la couture à domicile pour des voisins et autres villageoises. Mon
père travaillait dans une usine textile où il se rendait en vélo,
puis en « solex », après son retour de « Malgré-Nous »
alsacien au sortir de la deuxième guerre mondiale, survivant éprouvé
et taiseux sur les horreurs vécues. Bien sûr, on dormait à
plusieurs dans les petits espaces de la maison et plus tard, mon père
a aménagé le grenier pour nous permettre d'avoir des chambres et
nous permettre de nous isoler pour les devoirs scolaires...et un peu
d'intimité. Pas d'eau courante, mais une pompe à eau manuelle
installée dans la « cuisine » et qui puisait dans la
nappe phréatique. Pas de WC, mais une cabane au fond du jardin avec
un trou et un réservoir à excréments qu'on vidait dans le potager.
Des poules, des lapins,
des légumes du jardin. Et pas de salle de bain, une bassine d'eau
froide pour nous laver. Un peu plus tard, une pièce a été rajoutée
collée à la maison avec un grand bac qui était posé sur un feu
de bois et une baignoire qui était remplie avec cette eau chauffée,
où on se relayait à plusieurs avant de renouveler ...l'eau du bain.
Même mes cousins-cousines venaient profiter de ces moments.
Et c'était sans pudeur,
puisque on se croisait tous-toutes dans cette pièce, à s'habiller,
se déshabiller... Pas de route goudronnée, mais un chemin de terre
qui menait aux champs de blé et de maraîchage-vergers. Après les
chevaux de trait, ce furent les premiers tracteurs des paysans de la
rue. Nos jeux se résumaient à l'utilisation d'objets qu'on
fabriquait avec ce qu'on trouvait : des branches de bois, des
écorces, de la ficelle et la découverte de jeux un peu plus
érotiques dans le foin des granges... avec les voisines de mon âge !
On arrêtait l'école à
l'âge de 14 ans pour la plupart. Certain-e-s étaient encouragés à
aller au collège ou petit lycée puisque l'ascenseur social avait
encore du sens et une certaine efficacité. On se contentait de ce
qu'on avait, de ce qu'on créait, de ce qu'on faisait. Un livre
c'était précieux, une balle aussi, tout comme une poupée...Noël,
c'était un pain d'épice, une orange (fruit très exotique) et
parfois, un jouet et le rassemblement de la famille, cousins, tantes
et oncles.
« Quand tu ne
sais plus où tu vas, souviens-toi d'où tu viens ».
Oui,
je me souviens par bribes de ces moments, de ce contexte, je n'oublie
jamais d'où je viens et quelle était la vie au quotidien à cette
époque. Cela donne des repères, des balises, quand on regarde le
monde d'aujourd'hui plus qu'un demi-siècle plus tard. Cela permet de
mesurer la rapidité des bouleversements technologiques, de confort
et de déshumanisation puisque nous nous sommes éloignés de la
nature, de l'essentiel, du vital, les uns des autres, pour aller vers
une frivolité insensée qui mènera je ne sais où.
On
naît et un jour, on prend conscience qu'on va aussi mourir,
disparaître, ne laisser que des souvenirs dans la mémoire de ceux
qui « restent ». Et on se questionne sur ce qu'est LA vie
(dans notre pensée) avec ce qu'on a vécu, vu jusque là, réalisé.
Pendant
une période, le programme appliqué du Conseil National de la
Résistance a apporté des avancées majeures pour une vie meilleure
après le chaos humain de la deuxième guerre mondiale. La Sécurité
Sociale mutualisée a permis l'accès aux soins pour tous. Le confort
dans les maisons s'est amélioré petit à petit et la paix a fait
réapparaître une certaine joie, les relations d'entraide ont
perpétué. Après un mouvement de notre jeunesse pour une libération
des mœurs est aussi apparue une « société de consommation »
dont on entrevoyait déjà toutes les dérives et changements
profonds de valeurs qui allaient venir et s'imposer pour les profits
générés.
Les inventions numériques
allaient être la deuxième étape. D'abord dans le domaine des
loisirs qui s'individualisaient, puis dans le monde du travail qui
devait « s'adapter » avec des bouleversements profonds.
La privatisation des
banques, le marché financier des matières, la centralisation
politique des pouvoirs de décision ont complètement changé
l'organisation du tissu social. Les différences de « classe »
se creusent, provoquant une violence qui gangrène une société
inégalitaire qui n'a plus rien de démocratique.
« Seul, on va
vite ; ensemble, on va loin ».
Individualisation,
égocentricité, paranoïas induites, contrôles de masse,
centralisation oligarchique des pouvoirs et de la richesse produite ;
on observe, on écoute, on réfléchit. Quand on n'est pas un
« enfant » de la génération numérique, notre vision du
monde est bien plus large avec des racines bien différentes. Nous ne
sommes plus des personnes en évolution, mais en adaptation avec une
conscience en désaccord avec ce système déshumanisé du
« libéralisme mondialisé ». Nos enfants, nos
petits-enfants ? Que pouvons-nous encore partager, échanger,
transmettre ? C'était mieux avant ? Sûrement pas. C'est
mieux aujourd'hui ? Pas vraiment.
Peut-être que notre seul
refuge, pour nous les anciens, reste la nature, la forêt, la
montagne, les bords de l'eau, les grands espaces (qui restent), les
animaux, les plantes, les arbres...Avec l'impression (assez concrète)
que ce monde se délite, que la planète est blessée, que l'espèce
humaine se met en danger, sa fragilité et sa dépendance sont
interrogées. Mais la nature s'adaptera, mutera...
Cette inconscience que je
nomme frivolité pour rester léger, est pour moi insensée, j'ai du
mal à y trouver de la profondeur, de l'espoir...
Mais je suis vieux et il
vaut mieux ne pas m'écouter quand on a moins de 50 ans.
Je n'ai rien de sage, je
suis juste « non conforme »...
et...l'avenir n'est pas écrit !