mercredi 10 janvier 2018

DES CHIMPANZES AUGMENTES AUX FOURMIS DEMESUREES


Ils étaient là en face l’un de l’autre. Elle lui parlait, il la regardait dans les yeux, mais elle ne quittait pas du regard son Iphone (ou son Apple Watch).
Dans la cafétéria du lycée, on avait beau regarder de tous les côtés, les jeunes étaient assis ou debout et chaque main était prolongée par le téléphone portable et un doigt tapait des lettres en raccourcis SMS ou autre novlangue.

J’étais assis dans la salle d’attente de mon médecin pour renouveler l’ordonnance de mon traitement. Personnes âgées qui toussent, adolescents impatients qui piétinent. Tous ont leur Iphone à la main et soit écrivent des SMS soit jouent à des jeux si ce n’est pas une conversation téléphonique à voix haute dont tout le monde profite et sans intérêt en plus. Je suis le seul avec un livre à la main que j’ai emporté dans mon sac et même si quelqu’un de temps en temps se sert dans la pile de revues « people » sur la table basse, ils/elles ne font qu’y jeter un rapide coup d’oeil superficiel avant de la reposer très vite sur la pile.

Chacun de son côté sur son ordinateur portable cherchait sur des sites de rencontre de quoi mettre un peu de piment dans la vie terne du quotidien, maintenant que les enfants étaient grands.
Dans le même quartier, un peu plus loin, une jeune fille, un jeune homme, seul-e devant l’écran se faisait embarquer par la propagande d’un-e- inconnu-e avec la promesse d’un monde meilleur si on se battait pour « une cause ». A l’étage, les parents font leurs commandes sur le site « aux livraisons gratuites sous 24 heures ».

« Allo ? Concernant votre demande d’emploi à ce poste, vous avez le profil adéquate, les compétences et vos prétentions salariales sont dans les normes. Nous avons retenu votre candidature . Cependant, nos services informatiques ont fait remonter jusqu’à moi, des pages qui apparaissent sur votre compte Facebook avec des photos, disons, ...préoccupantes. Nous ne pourrons donc pas donner suite car notre entreprise est réputée sérieuse et nous ne pouvons pas prendre le risque que des commanditaires tombent sur ces photos de notre personnel qualifié. Nous demandons à nos employés d’être clean tout en ayant droit à leur vie privée, mais pas exposée publiquement ainsi sur les réseaux sociaux. Désolé. »

« Mademoiselle, je suis au regret de devoir vous annoncer que votre contrat avec notre entreprise a été rompu. On nous a fait parvenir une copie d’un de vos SMS où vous insultiez notre patron et même si cela est du domaine privé, il est arrivé jusqu’à nous et nous ne pouvons pas accepter ce genre d’attitude et de propos de nos employés. Vous pouvez disposer, prendre vos affaires et quitter l’entreprise immédiatement. »

Des titres de journaux (à répétition) : « Suicide d’un très jeune garçon, d’une très jeune fille, suite à un harcèlement et des propos dégradants ayant circulé sur lui, sur elle, sur les réseaux sociaux. »

Nous sommes en 2018, c’est le quotidien de tout un chacun et il n’y a plus personne pour raisonner tout ce petit monde connecté que les dangers existent, que nous sommes déjà sous addiction et que ce n’est que le début, la face visible de ce glissement progressif, mais très rapide, vers cet autre monde dématérialisé de l’immédiateté, de l’éphémère et de notre ...inutilité prochaine.

 
Né au siècle dernier, j’ai vu les soubresauts, puis l’accélération de la mise en œuvre de tous ces outils numériques qui sont aujourd’hui omniprésents dans notre vie quotidienne et professionnelle.
Les personnes nées après 2000 ne peuvent même plus imaginer le monde d’hier et nous regardent parfois, malhabiles avec ces nouveaux objets-outils, comme si nous étions les derniers dinosaures...

L’histoire de l’Homme (c’est une façon simplifiée pour dire l’homme/la femme) de Néanderthal à Sapiens est riche d’enseignements.
Nous avons globalement vaincu la famine, les épidémies, les guerres et les humains se sont structurés en sociétés, en nations avec des croyances religieuses diverses.
Les dualités constantes, entre la fiction (l’histoire racontée) et la réalité (quand on souffre physiquement) d’une part et puis, d’un autre côté, la religion (facteur d’ordre, mais aussi totalitaire) et la science (qui montre des faits, l’évolution), ont toujours existé.
Jusque là, les dirigeants de ce monde pouvaient se prévaloir de ces dualités et en tirer tous les profits : la religion est une création de l’homme, un outil de préservation de l’ordre social et d’organisation de la coopération à grande échelle ; le pouvoir se nourrit de l’alliance entre le progrès scientifique et la croissance économique.
Préserver l’égalité sociale, assurer l’harmonie écologique sont des freins à la croissance économique qui fonctionne sur le « toujours plus » et tout est fait pour les minimiser, voire les occulter. Mais cette croissance est basée sur les ressources et elles ne sont pas inépuisables.
Il faut donc bien trouver de nouvelles sources d’énergie, des matériaux nouveaux et emmagasiner plus de connaissances : nanotechnologies, génie génétique, intelligence artificielle…

En 1850, 90 % des humains étaient paysans. Puis vinrent la machine à vapeur, le chemin de fer, le télégraphe, l’électricité...Marx-Lenine prônent le salut par la technique et l’économie dans le socialisme.
En 1970, 130 pays sont indépendants à travers le monde, mais à peine une trentaine sont des démocraties (essentiellement au nord-ouest de l’Europe).Les Etats-Unis se veulent le leader du monde libre, mais avec des alliés encombrants (Khaled D’Arabie, Hassan II du Maroc, le Shah d’Iran, les colonels grecs, Pinochet au Chili, …) et surtout, les armes nucléaires et les supermarchés ! Plein de pays « démocratiques » se rattachent alors au capitalisme (libéralisme) où nous ne sommes plus considérés que comme des clients et des électeurs.
Ce libéralisme met en avant la liberté plus que l’égalité et l’individu avant le collectif.

Mais que reste-t-il de libertés dans ce monde-là ? La faculté d’agir en fonction de ses désirs ? Mais choisit-on encore ses désirs librement ? L’homme est manipulable à souhait, conditionné…
Nous sommes déjà inondés d’appareils, d’outils et de structures, utiles peut-être, mais qui ne laissent plus aucune place au « libre-arbitre » des individus : drones, robots, ordinateurs, scanner irmf, imprimantes 3D, casques connectés au cerveau (stimulateurs transcraniens), enseignants numériques adaptés aux individus, tomographie axiale, diagnostics médicaux, capteurs pour diabétiques, reconnaissance de formes, ….

Le marché du travail recouvre les domaines de l’agriculture, de l’industrie, des services.
Mais que deviendra ce marché du travail quand l’intelligence artificielle fera les tâches cognitives ? Quel sera l’impact politique d’une nouvelle classe nombreuse de gens économiquement inutiles ? Que deviendra la société avec des écarts sans précédent entre riches (propriétaires des algorithmes supérieurs) et pauvres ?

Plein de métiers vont disparaître très vite. L’être humain a deux capacités : physiques et cognitives qui peuvent être remplacées et seront remplacées par l’automation, la robotisation, les algorithmes. Des exemples ?
Uber gère des millions de chauffeurs avec très peu d’humains.
Deep Blue (ordinateur IBM) remporte des parties d’échecs contre le champion Kasparov dès 1996.
En mars 2016, Alpha Go (Google) bat le meilleur joueur de go, Lee Sedol.
Depuis 2014, Google et Tesla développent des véhicules sans conducteurs.
Google Baseline Study a commencé à récolter une base de données sur la santé grâce à des capteurs intégrés dans des vêtements, bracelets, chaussures, lunettes (de marque Google Fit) alors que la société 23andMe développe la commercialisation des tests ADN, tout en créant une base de données génétiques.
Novartis, Google, Pixie, Microsoft sont déjà depuis des années dans ce monde du Big Data, récolte des données personnelles dans votre vie privée.
Microsoft « Cortana » est une « assistante personnelle » intégrée dans Windows et qui accède à tout le disque dur (mails, dossiers, images, …). Google Now et Siri d’Apple font pareillement. Kindle, tablette de lecture, intègre la reconnaissance faciale pendant la lecture et envoie les informations à Amazon qui vous fait des propositions de livres adaptés.
La médecine s’occupe plus de l’optimisation des sujets sains plutôt que de guérison des malades...et recherche les technologies visant l’immortalité.
EMI (David Cope) développe la composition musicale par algorithmes. Un morceau né d'une collaboration entre Stromae et les algorithmes sort actuellement sur le marché musical.
Nous glissons vers l’internet-de-tous-les-objets (Internet Of All Things) où tout doit être connecté (cerveau, maison, habits, voiture, ….) avec l’Intelligence Artificielle-les algorithmes qui gère l’ensemble.

 
Les structures politiques traitent les données, analysent l’information, mais les révolutions technologiques distancent les processus politiques qui n’ont plus le contrôle des situations. Le gouvernement n’est plus qu’une simple administration qui gère.
Le marché boursier qui dirige l’économie mondiale est le plus gros centre actuel de traitement de données.

L’islamisme radical, le christianisme fondamentaliste, le judaïsme messianique, le revivalisme hindou qui perdent le contact avec les réalités technologiques se privent de la capacité de comprendre les questions qui se posent (ils ont aussi rejeté Darwin) et vont être écartées.

Que nous reste-t-il encore ?
Nos données personnelles sont encore pour l’instant la ressource la plus précieuse que la plupart des humains puissent offrir. Et puis, la conscience, les expériences subjectives, les sensations, les émotions, les pensées, l’imagination (hors de nos conditionnements), le sentiment d’amour sont nos derniers recours face à l’intelligence artificielle.

Dans ce nouveau monde où tout doit être immédiat, où « on prend et on jette », quelle place a encore la patience, les sentiments, la conscience, les émotions, l’imagination ?
Ces valeurs seront-elles encore présentes, vivantes dans quelques années ?
Quand on observe la jeune génération d’aujourd’hui, on peut presque faire une lecture de l’histoire de l’avenir.

Il y a cependant l'impact environnemental énorme qui découle de cette évolution technologique.
Le marché financier et des matières est  passif, aveugle devant la menace du réchauffement climatique et des dangers potentiels de l’intelligence artificielle. La "croissance verte" mise en avant par nos gouvernements de technocrates et financiers et qu'on nous présente comme "décarbonée" est un leurre, une usurpation. Dans toute technologie numérique, ainsi que les voitures électriques, il y a pas mal de "métaux rares" indispensables dans les composants (batteries entre autres). Or l'extraction de ceux-ci se fait par l'exploitation minière très polluante sur des grands territoires. Trop impactant dans certains pays européens (et trop visibles) ces mines ont été abandonnées en France par exemple et aujourd'hui, tous ces métaux rares viennent des mines de Chine (Mongolie) et d'Afrique. La pollution (extraction, durée) générée est bien supérieure au ...diesel. Ce ne sont donc pas et, loin de là, des énergies propres et renouvelables.
Il n'y a que peu de solutions ou pistes actuellement pour contrecarrer ou minimiser ces "effets collatéraux" : revenir à plus de sobriété, recycler bien plus les métaux rares et se battre contre l'obsolescence programmée.

Nous ne sommes qu’au début d’un changement de civilisation, il vaut mieux y réfléchir, agir, résister, avant qu’on ne devienne inutile !

Nous sommes venus des chimpanzés « augmentés », demain serons-nous des fourmis surdimensionnées ?



 
…………………………………………….EN SAVOIR PLUS……………………………………...


Les sources viennent principalement du livre :
« HOMO DEUS » de Yuval Noah Harari
(éditions Albin Michel-2017)


Je ne peux aussi que vivement vous conseiller aussi 
deux films-DVD qui vous éclairciront encore plus :

SNOWDEN de Oliver Stone (2016)

HER de Spike Jonze (2013)


(disponibles à la Médiathèque Numérique)

vendredi 22 décembre 2017

CATALOGNE : un exemple plein d'enseignements...

C'est une région où nous nous rendons souvent, où nous connaissons un coin de nature encore relativement préservé depuis des années et au bord de la mer, Pals-Begur entre la frontière et Barcelone...On adore ce coin, on aime aller s'y ressourcer, humer l'iode et vivre le rythme et l'ambiance espagnoles. Quand on a senti depuis des années, la région passer au catalan dans les écoles, les noms de rues, les prospectus, cela ne nous a pas choqués, ni déstabilisés car on sentait bien combien c'était important pour les gens. Et puis, nous, alsaciens, nous avons aussi notre histoire, notre passé entre Allemagne et France et l'intégration forcée en changeant "langue et cultures régionales" (pour conserver et faire vivre notre parler "alsacien" et notre double culture) et en mettant à la place le "bilinguisme français-allemand" qui n'avait plus rien de commun avec la vie réelle au quotidien dans nos villages ruraux ...et l'alsacien !


Alors, la revendication indépendantiste a suivi le régime d'autonomisme qui a été rogné au fur et à mesure des années par le pouvoir central (conservateur de droite) madrilène. Le Pays Basque a déposé les armes et obtenu un régime autonome intéressant. La Catalogne n'a jamais pris les armes (depuis l'après Franco) et son régime autonome n'a pas les mêmes règles qu'au Pays Basque. Ainsi, le parlement catalan ne peut pas prélever les impôts pour développer la région avec un versement contractuel annuel à l'Etat espagnol. Cela réduit sérieusement le pouvoir décisionnel sur pas mal de projets. Et comme c'est une région qui a su se dynamiser à nouveau, elle participe largement au budget national, mais avec peu de ristourne...Et puis il y a l'histoire : la Catalogne a combattu jusqu'au bout le franquisme, c'est une terre républicaine, imprégnée de libertés. C'est pour cela aussi qu'on s'y sent si bien....

Les élections du parlement catalan ont lieu tous les 4 ans. En septembre 2015, les indépendantistes ont obtenu la majorité et ont formé un gouvernement qui négocia plus d'autonomie avec d'autres règles de gouvernance avec le gouvernement central madrilène. Le Parti Populaire (droite conservatrice) au pouvoir avec Rajoy veut faire plier Barcelone et mettre au pas le parlement catalan. Sans rentrer dans les détails, le ton monte, Rajoy diminue encore les pouvoirs catalans et cela devient un combat où l'indépendance s'invite dans les perspectives. Le président du parlement catalan, Carles Puigdemont appelle donc à un référendum sur l'indépendance en octobre 2017. Les images re transmises à travers le monde nous ont montré le visage répressif du gouvernement Rajoy : des citoyen-ne-s qui allaient voter pacifiquement se font jeter au sol, frapper par les forces de police nationale pour empêcher ce référendum. Selon les résultats obtenus, le président catalan officialise la déclaration d'indépendance. De suite, il est destitué, des membres de son gouvernement jetés en prison, le parlement est dissous par Madrid et de nouvelles élections programmées le 21 décembre 2017. Le président Puigdemont pour échapper à la prison se réfugie en ...Belgique.
Finalement, les partis indépendantistes-autonomistes décident malgré tout de se présenter à ces nouvelles élections anticipées de deux ans afin de permettre à leurs partisans de voter. Le Parti Populaire de Rajoy pense ainsi reprendre le pouvoir en Catalogne, imposer la loi centrale et museler toute opposition. En attendant les élections, la région est mise sous tutelle du gouvernement de Madrid.


Les élections ont eu lieu  jeudi 21 décembre 2017  avec des candidats en exil ou en prison comme le vice-président du parlement catalan, Oriol Junqueras...et une nouvelle égérie de 36 ans du parti centre droit, Ciudadanos qui se présente comme une alternative pour revenir au calme dans cette région (style Macron au féminin). Mais les catalans ne sont pas dupés. Au soir des élections, si la liste de Inès Arrimadas (Ciudadanos)  avec 26% des voix et 36 sièges arrive en tête, elle est talonnée par le parti indépendantiste de Carles Puigdemont qui obtient 34 sièges. Les indépendantistes, rassemblés (ERC, Junts, Cup), obtiennent la majorité absolue des sièges (70 sur 135) et peuvent donc retrouver le pouvoir au parlement catalan comme avant la dissolution par Madrid. Une claque immense pour le gouvernement Rajoy (Parti Populaire qui obtient ....3 députés !!!). Il pensait régler le problème catalan par la force, le pouvoir imposé et il se retrouve complètement décrédibilisé, en ultra minorité quasi inexistant, et sans plus aucun pouvoir ou marge de manoeuvre. Même économiquement : il a essayé de fragiliser l'économie catalane avec des sièges d'entreprises qui ont quitté la Catalogne en attendant le vote et malgré leur porte-parole, la libérale Inès Arrimadas, rien n'a été dans ce sens. La victoire est donc lumineuse et les couleurs jaunes vont fleurir à travers les régions catalanes au nombre de 4 : Barcelone (85 députés), Gerone (17), Lerida (15), Taragone (18). Il faut aussi préciser que les élections se font au suffrage universel et au scrutin proportionnel (règle d'Hondt). Et pointer du doigt que le gouvernement central de Rajoy a placé ces élections un jeudi, jour travaillé, espérant peut-être une moindre mobilisation. Mais c'était compter sans la détermination des catalans qui au contraire se sont déplacés encore plus massivement qu'en 2015 avec 82% de participation. Là encore une sacré claque !
Et maintenant ? 




Le gouvernement catalan a été élu légalement sur ordre de Madrid avec un résultat identique à 2015 et que Rajoy ne pourra pas contester cette fois-ci. Il aura du mal à mettre en prison Carles Puigdemont s'il revient à Barcelone pour présider le parlement nouvellement élu. Il devra aussi libérer Oriol Junqueras, l'ex-vice président mis en prison...ainsi que d'autres membres du parlement emprisonnés.
Les catalans se sont donc exprimés encore une fois et de façon cohérente dans la continuité. S'ils ne sont pas toutes, tous indépendantistes, ils-elles ne revendiquent pas moins plus d'autonomie, avec des nouvelles règles et plus de pouvoirs. Légalement élus une nouvelle fois, Rajoy n'a plus de marge de manoeuvre et quelque part, l'Europe de la Commission Européenne doit prendre acte de ce vote.

Cela élargit aussi notre réflexion concernant d'autres régions européennes. Nous avons bien vu l'élection au Conseil Corse d'une majorité autonomiste. Nous connaissons aussi la valeur forte régionale en Alsace, mais avec des règles et fonctionnement à changer en profondeur. On a aussi l'Ecosse, la Flandre, la Lombardie, ...les Chtis, les Occitans, les Bretons, ....Bref, on voit bien qu'on ne peut pas réduire au silence, d'aucune façon, les aspirations des peuples des régions à forte identité. Une Europe des Régions, fédérale, a toujours été dans les projets politiques de certains partis (minoritaires). Mais le temps fait son affaire, les constats des politiques menées nationalement avec une représentativité élitiste et non pas représentative proportionnellement ont amené pas mal de personnes à revoir la gouvernance. Le désir de relocaliser les pouvoirs et les décisions est de plus en plus forte et en opposition avec une mondialisation qui détruit tout : démocratie, pouvoirs, relations humaines,....

Le temps est à intégrer CES changements, pas ceux qu'on veut nous présenter comme nouveaux alors qu'ils datent d'un autre temps !


 Mercredi 17 janvier 2018 a eu lieu la première réunion du Parlement nouvellement élu. Les "exilés (réélus)" n'ont pas pris part au vote mais les indépendantistes-qui ont la majorité de 70 sièges sur 135, plus les 8 voix de Podemos (Catalogne en commun/vote blanc)- ont élu le candidat de la gauche républicaine indépendantiste, Roger Torrent (38 ans) à la tête du Parlement catalan. Fin janvier-février aura lieu l'élection à la présidence de l'exécutif régional, la Generalitat qui devrait revenir comme avant à Carles Puigdemont, exilé à Bruxelles. Celui-ci pourra présenter son programme devant le Parlement comme prévu par la loi (qui ne précise pas une présence "physique") et donc il choisira probablement la voie "vidéoconférence". S'il revient sur le sol catalan, Rajoy le fera emprisonner directement. Là aussi, nous sommes dans un rapport de force, de pouvoir. Rajoy a tout fait pour casser la dynamique indépendantiste, mais même avec la voie légale (nouveau vote), les indépendantistes restent majoritaires. Mais il ne veut pas plier, accepter. L'histoire espagnole (récente) a deux pôles : Madrid franquiste et Barcelone républicaine. La Catalogne a souffert profondément du franquisme et des massacres jusqu'en 1975 et les blessures sont encore profondément marquées. 

1er mars 2018 - Carles Puigdemont annonce depuis la Belgique où il est "réfugié politique" qu'il ne briguera finalement pas la présidence de l'éxecutif catalan - ce qu'il était avant sa destitution par Rajoy, et sa réelection. Il ne veut pas bloquer la composition du nouveau gouvernement régional catalan, ce qui est un signe positif envoyé puisque tout était bloqué par l'intransigeance du gouvernement de Madrid. Mais quelles garanties a-t-il eu, lui et ses proches ex-ministres réfugiés avec lui en Belgique et ceux emprisonnés en Espagne ? 

Printemps 2018 - En revenant d'une conférence au Danemark, pour revenir en Belgique,  Carlos Puigdemont est arrêté à une station d'essence en Allemagne par la police (sur dénonciation des services secrets espagnols qui le suivent). Mis en prison, puis en résidence à Berlin en attendant son extradition en Espagne, il renonce officiellement le 10 mai à briguer la présidence de la Catalogne. Il propose un député de son parti qui n'a aucune affaire juridique contre lui ce qui empêche Rajoy et son gouvernement de Madrid de refuser cette candidature.
Joaquim Torra i Pla (dit Quim Torra) est donc élu au deuxième tour, le 16 mai 2018, nouveau président de Catalogne. Editeur, écrivain, avocat au barreau de Barcelone, indépendantiste reconnu, celui-ci fera tout pour obtenir le retour de Carlos Puigdemont dans son pays et sa région. Et faire libérer les députés encore emprisonnés après le référendum. Il pourrait alors dans un certain temps reprendre la présidence...qu'il a exercé deux ans.

1er juin 2018
Rajoy, celui qui a tout fait pour destituer et faire emprisonner Puigdemont va subir un vote de défiance au parlement espagnol aujourd'hui et probablement perdre ainsi son poste de premier ministre chef du gouvernement espagnol, désavoué par ces multiples affaires de corruption. Hugo Sanchez sera peut-être alors le nouveau chef de gouvernement et il y aura de nouvelles élections, un nouveau gouvernement et peut-être aussi une amnistie pour les destitués catalans en prison ou en exil...




....à suivre !

lundi 4 décembre 2017

POLITIQUE ?

« on ne va pas discuter de cela : c’est politique ! » 
« y en marre de la politique » 
« on n’est pas là pour faire de la politique » 
« La politique ? Tous des pourris... »

Bon. Combien de fois on a entendu cela que ce soit au sein de la famille, au sein d’associations, au sein d’une communauté de communes ou d’un conseil municipal. Bref, le rejet est total quasiment et surtout ce mot implique des ressentis très différents selon chaque personne.

POLITIQUE : il y a des gens pour qui, quand vous prononcez ce mot, vous avez l’impression de passer pour un malotru, un voyou, quelqu’un d’impoli, un provocateur, un illuminé qui ne voit rien d’autre, un terroriste qui se cache, ….Tout peut y passer ! Et puis, cela va même plus loin quand on est invité à des cercles de parole, des soirées débats où dans la présentation, il y a noté que toutes les discussions « politiques » sont à exclure de ce cadre !!! Alors là, je reste pantois...On veut bien discuter de tout, mais pas de ça, c’est exclu d’office.
Mais c’est ça quoi ?
C’est quoi quand on utilise le mot « politique » ?
Il faudrait peut-être redéfinir avant d’exclure.

Pour la plupart, ce mot est collé à la « politique politicienne » c’est à dire au spectacle donné par les femmes et hommes politiques, leurs déclarations, leurs mensonges, leurs carriérismes qui les font naviguer de partis en partis (sans aucune conviction), leurs manigances pour garder leurs mandats et les accumuler pour se faire un pactole financier et des manœuvres pas très légales, les promesses jamais tenues, leur clientélisme populiste, ….bref tout ce qui est détestable, à mettre à distance, insupportable. Nous sommes bien d’accord.
Mais peut-on réduire cela à ça ?

Pour moi personnellement, j’aurai tendance à dire (dans mon interprétation) que tout est politique dès qu’on est dans la sphère publique. Il y a certes bien des études comportementales qui ont essayé de nous convaincre que même dans le quotidien familial, notre façon d’éduquer, de vivre, de consommer et même de faire l’amour était « politique » !


 un ouvrage (qui a été réédité) 
à conseiller à tout le monde, grands et petits

  
POLITIQUE (définitions Wikipédia)  : 
Si la notion est polysémique, on a quand même des définitions et des cadres clairs.

Au sens large, Politikos (civilité) indique le cadre général dans lequel une société ou une population est gérée par ses dirigeants. Dans cette direction aussi, on peut parler de la politique d'une communauté, d'une société, d'un groupe social, au sens de Politeia, qui obéit à une Constitution qui définit sa structure et son fonctionnement (méthodique, théorique et pratique). 

La politique porte sur les actions, l’équilibre, le développement interne ou externe de cette société, ses rapports internes et ses rapports à d'autres ensembles.
La politique est donc principalement ce qui a trait au collectif, et se retrouve donc dans plusieurs domaines (économie, droit, sociologie, …)

De façon plus restreinte, la politique se réfère à la pratique du pouvoir, soit donc aux luttes de pouvoir et de représentativité entre des hommes et femmes de pouvoir, et aux différents partis politiques auxquels ils peuvent appartenir, tout comme à la gestion de ce même pouvoir.

Souvent, le mot est complémentaire comme ...stratégie politique, par exemple.



Pour moi politique, c’est s’occuper, se préoccuper de la vie publique, collective dans sa commune, dans une communauté de communes, dans un pays, au sein d’un groupe public à vocation d’animation d’un territoire, ...C’est donc loin d’être un mot tabou qui déclencherait une guerre idéologique de clans, mais bien au contraire, quelque chose de noble qui permet l’échange d’idées afin de trouver les meilleurs solutions à une problématique commune, de façon démocratique et respectueuse de chacun-e.

Parfois, je suis surpris, voire offusqué, quand dans un choix à faire sur un sujet d’une soirée film+débat par exemple, pas mal de thèmes sont rejetés sous l’argument : « ah non, pas ça, c’est politique ! » Je ne comprends pas, car là on est dans un global générique de rejet sans définir ce que chacun-e englobe sous ce mot repoussoir.
Quand on parle d’alimentation, de santé, de liberté, de consommation, de local, de déchets, d’assainissement, de ….bref, quoi que ce soit, il y a des implications décisionnaires qui passent forcément par le canal politique.



 


Le lien social est brisé. Il y a réellement des classes sociales qui se forment et où le fossé se creuse de plus en plus dans un dialogue inexistant. La désespérance est de mise et réelle, la misère aussi. La précarité du travail amènent un quasi esclavagisme muet. Ces soumissions forcées ou imposées se traduisent et se traduiront forcément par une violence larvée mais qui peut devenir visible et cruelle, un affrontement.

Un autre monde est en route, une autre façon de vivre qui me ramène aux années 70 du siècle dernier où le refus d’une société de consommation se traduisait par d’autres façons de vivre, plus sobres, plus démunies, plus autonomes avec une grande qualité d’entraide et d’échanges. Et où l’écologie, la notion de faire partie d’un tout à respecter, à préserver était déjà largement présente. Mais aussi le refus d’un autoritarisme, de la hiérarchie, des ordres de remise au pas, du poids de la morale religieuse, de la bienséance, du conformisme, du qu’en dira-t-on, ...un mouvement libératoire, d’émancipation après des années de guerre et de difficile reconstruction.

Nous sommes bien à la fin d’un cycle (les Mayas l’avait placé fin 2012) avec un changement sensible et évolutif de civilisation, de dogme économique forcé par la fin des réserves d’énergies fossiles, la fin des modèles dominants qui ont amené exploitations, guerres et chaos.
Se rattacher à l’ancien monde avec des pouvoirs centralisés, c’est se rattacher à des privilèges et fonctionnements d’un autre temps qui sera bientôt révolu, automatiquement.

Le pouvoir politique vacille, a montré ses limites et sa fragilité, les partis (en France) ont été tous décimés, décrédibilisés par leurs manœuvres minables qui tournent toujours autour des trois axes qui mènent ce monde de 2017 : pouvoir, argent, sexe, dans le désordre.

Rejeter donc toute discussion car elle serait « politique » c’est vouloir rester accrocher à des restes de règles, afin de se rassurer car tout changement est se mettre en danger, ce qui dans le mouvement permanent des incertitudes nous met en effroi.

Il faut au contraire politiser les débats car c’est de la vie en commun dont on parle et des rapports aux pouvoirs. Réinventer une démocratie locale, directe, des représentant-e-s tiré-e-s au sort, de l’action collective pour le bien-être de tous. Faire vivre les atouts et entreprises artisanales locales, échanger les services, les informations, les connaissances, les savoirs-faire, mettre des moyens en commun, se réapproprier la vie et les décisions qui vont avec.

Si on peut aisément se détourner de la politique politicienne qui a montré tous ses travers, si on peut ignorer un gouvernement qui n’est plus représentatif et qui fonctionne en vase clos, on peut aussi se réapproprier tous les strates de décision localement, inventer des nouvelles façons, se préoccuper plutôt des biens communs que de les laisser aux mains de celles et ceux qui veulent en tirer des profits (personnels), en faire du business, de l’argent.

A partir du moment où on regarde les choses, la vie, autrement que par la lorgnette de survie, alors les perspectives s’élargissent, les possibilités deviennent nombreuses.
Mais pour cela, il faut sortir de l’égoïsme, de l’individualisme, de l’ambition démesurée et créer de nouveaux liens avec son entourage.
Penser ainsi, c’est aussi ….politique, pas vrai ?
Puisque c’est se préoccuper d’une vie collective et des moyens disponibles.

Le mot politique n’est pas un mot sale, ce sont les politiciens (professionnels) qui l’ont sali et ainsi, coupé la branche sur laquelle ils étaient bien installés. Tant mieux.
Cela permet de redéfinir le mot et lui redonner tout son sens premier, un intérêt pour ce qui est commun, collectif et un rapport de force, qu’on peut atténuer ou même faire disparaître.

Lorsque, au niveau d’un Etat, la représentativité sera réelle, on pourra de nouveau s’en préoccuper (pas juste épisodiquement en étant appelé/sommé à mettre un bulletin de vote dans une urne). En attendant, faisons vivre la démocratie, la liberté de penser et parler, à notre niveau, là où on vit. Remettons-y de l’exemplarité, de la compassion et les énergies s’y déploieront.


L’avenir n’est pas écrit.

mardi 14 novembre 2017

Vivre sans patience et sans amour !

Mais non, pas moi, dites-vous ! Dans votre tête, au fond de vous, vous vous persuadez que vous savez être patient-e et que vous recevez des marques d’amour, de votre compagnon, votre compagne, de vos enfants et petits-enfants, de vos parents, de vos ami-e-s, de...Bref, la vie est merveilleuse et baigne dans un environnement de douceur…
J’aimerai bien le croire, mais tout ce que je vois (ou en tout cas, le plus que je vois) démontre bien le contraire. Tout doit être tout de suite et l’amour, c’est je prends-je jette ! Ce monde de l’immédiateté est aussi celui de l’éphémère et le travail ne manquera pas aux psychanalystes, psychiatres et psychologues ; les laboratoires-entreprises pharmaceutiques faisant leur beurre depuis des années sur cette vague qui ne peut que se composer de déceptions, de rancœurs, de colères.
Tous les parents souhaitent que leurs enfants trouvent un CDI et payé plus que le SMIC, qu’ils puissent devenir autonomes afin de pouvoir enfin souffler un peu après les avoir « élevés » toutes ces années...En plus, s’ils-elles trouvent un « travail salarié » qui leur plaît avec des perspectives, c’est mieux ! Mais c’est bien plus rare et jamais définitif et acquis. D’autant plus que l’on voit de plus en plus des personnes compétentes et en activité se faire jeter de leur entreprise sans aucun « étât d’âme » ou reconnaissance pour les parfois nombreuses années de bons et loyaux services.
Dans ma chronique précédente sur la génération « connectée », je terminai sur cette note de manque de patience et donc de relations approfondies possibles. Et je ne leur jetais pas la pierre tant ils sont tributaires et ce sont les conséquences de cette accélération du matériel, de l’avoir, du paraître et de l’irresponsabilité. Peut-être un passage nécessaire pour inventer « autre chose ».
On vit dans ce monde occidental et mondialisé où on n’imagine même pas une autre façon de vivre et d’être possibles. On nous fait croire qu’il n’y a pas d’alternatives, que seul ce modèle de production-consommation (d’objets éphémères) nous permet de « construire » notre vie, de gagner de l’argent qui résoudra les difficultés d’adaptation, qu’il faut avancer (et se taire) pour améliorer son quotidien, que ce sera ainsi pour longtemps. On fait tout pour vous convaincre que c’est le chemin,  que celles et ceux qui le contestent n’ont rien compris aux changements du monde, qu’ils-elles sont des « loosers » et qu’il faut les éviter pour ne pas être contaminé-e-s !!!
Bref, un discours rassurant, élitiste, d’exclusion qui nous fait croire que les hérétiques  sont des fainéants, des parasites, des extrémistes dangereux...Ils pensent qu’ils-elles ont gagné la bataille « idéologique » et pourtant chaque jour un peu plus le doute s’installe sur le modèle présenté. Le manque d’imagination ou le manque d’information véritable ne permet aucune autre perspective de pensée.
Et le fossé se creuse, la notion de « classes » revient et en plus, les différences sociologiques, économiques s’accentuent chaque jour davantage : un réel danger, facteur de violences, d’affrontements qu’on ne souhaite pas encore envisager mais qui semble inéluctable sur cette lancée.
Quand on voit en plus les dirigeants actuels du monde, on est loin d’être rassuré !


Créer, c’est résister !

Bien sûr, il n’y a pas (encore) d’armée d’occupation, une dictature sanglante, mais ça a existé il n’y a pas trop longtemps et parfois l’histoire fonctionne par cycles. Si l’objectif était de rendre la vie plus agréable et facile pour tous, les perspectives seraient d’un autre ordre, mais on sent bien que tel que ça va, il n’y a qu’un petit nombre qui profite en excluant et précarisant une masse de plus en plus importante. La poudre de perlimpinpin envoyée avant et après les élections ne fait plus trop illusion – à part parfois quelques semaines- et les gouvernements successifs utilisent les mêmes recettes pour leur même but : favoriser l’élite financière et productive (!) sans tenir compte des tenants et aboutissements de leurs activités et de leurs comportements qui va à l’encontre du bien public, des intérêts généraux des habitants. On nous a formaté et nous, quelque part, nos jeunes aussi pour en faire des bons petits soldats de l’économie marchande. Pas étonnant d’avoir un peuple de râleurs aigris et déboussolés.

Bien sûr, c’est facile pour moi, retraité, de regarder le monde avec un peu de distance, avec ma liberté d’être dégagé de tout productivisme ou d’ordres quelconques qui me cloueraient le bec. Faut-il pour autant arrêter de partager ses réflexions, ses analyses, ses points de vue ? Dans la situation présente, c’est même un devoir que de partager, d’échanger, d’enrichir le débat avec aussi une certaine expérience concrète à faire valoir... 
« Oui, mais on fait au mieux pour s’en sortir. » Bien sûr, mais réfléchissez une seconde à cette expression : « s’en sortir ». Se sortir de quoi ? Et pour faire quoi et comment ? Dire s’en sortir, c’est déjà avoir mis le pas sur les premières marches.

Apprendre, c’est la rencontre, l’écoute, la réflexion, la contemplation, … Il faut savoir se détacher du passé et même de l’idée de l’avenir pour exister ici et maintenant, retrouver SON être intérieur qui vous susurre que la vie, c’est être relié au tout avec notre part d’humanité qui nous rend interdépendant-e des autres, de tout ce qui nous entoure, de notre voisin-e comme des arbres, des autres espèces vivantes, de l’eau, de l’air, de la terre… 
Prendre conscience de cela change notre regard sur le monde et sur les autres. 
Faut-il attendre un certain âge pour atteindre l’essentiel ?

Savoir être patient-e et dans l’amour universel ?







Il y a autour de nous de nombreux prémisses, des pistes et des réalisations concrètes qui nous offrent une autre vision de monde possible, d’autres modes de vie. Les observer, les regarder, y participer, ...élargit notre vue, illumine notre conscience. 
Chacun-e peut être acteur d’un changement. 
Construire c’est être patient, entre semer et récolter se passe un temps.



L’avenir n’est pas écrit et ... on y contribue !

vendredi 20 octobre 2017

Connectés sous dépendance addictive solitaire

Je sais, vous êtes comme de nombreuses personnes de ma génération d’après-guerre qui ont vu le monde changer à un rythme qui s’accélérait de plus en plus,  jusqu’à s’emballer dans une seule direction. Nous regardons nos enfants, les enfants de nos ami-e-s, nos petits-enfants et ceux des autres, nous les récupérons parfois à la sortie du collège, du lycée et nous observons tous le même comportement.



Cela peut certes nous irriter, nous désoler, nous désespérer. Mais comprendre pour argumenter, pour détourner, c’est plus dur. Y a-t-il une explication, des explications ou est-ce juste le résultat de ce que l’on a laissé filer par résignation, par facilité ou pour voir comment cela va évoluer, en spectateur critique ?
Nous avons nos références basées sur un monde tel qu’il était à leurs âges, avec les outils disponibles à ce moment-là, nos jeux, nos loisirs, nos plaisirs, nos désirs, … Mais eux, ces jeunes, ces adolescents, ces jeunes parents, quelles sont leurs références à eux ? Quel monde leur avons-nous présenté ?

On leur a bassiné que le monde leur est ouvert, que les technologies, la science vont faire des pas énormes, qu’ils profitent du temps de paix, du confort et des biens de consommation innombrables, qu’ils sont destinés à de grandes choses, qu’ils pourront obtenir ce qu’ils veulent dans la vie…. Ils vont à l’école, s’enrichissent de diplômes pour trouver le job qui les « mettra à l’aise ».
On en a connu de ces jeunes qui y ont cru, n’ont pas ménagé leurs efforts pour y « arriver ».

Mais la « real world » fait vite déchanter. Confrontés au monde du travail, ils se rendent compte qu’ils ne sont pas spéciaux, que plus personne n’est là pour les couver et les aider à une quelconque promotion. L’image de soi s’en trouve vite ternie, l’estime de soi amoindrie quant à la satisfaction par le travail et parfois aussi la difficulté d’établir des relations profondes et sincères.
Cette génération vit dans l’immédiateté, on peut tout avoir instantanément (ou presque), un monde de gratification instantanée. A la violente réalité du travail où l’on se sent souvent dévalorisé s’ajoute la technologie, les outils, les objets connectés.






 
C’est là qu’ils vont se lâcher pour s’échapper de ce monde dur, pour montrer aux autres à quel point leur vie est sensationnelle et riche, alors même qu’ils sont en voie de dépression.
Nos enfants et petits-enfants ont du mal à créer des relations profondes qui ont du sens. Leurs amitiés sont superficielles dans la mesure où ils ne peuvent pas compter les uns sur les autres. Dès que du nouveau apparaît, on délaisse pour aller vers du « mieux » ! Et quand un stress se présente, ils ne se tournent pas vers des personnes, mais vers l’appareil, leur objet « connecté ».
L’implication dans les « réseaux sociaux », i-phone, Facebook, Instagram et autres twitter génère la libération de dopamine et on se sent « bien » en « partageant » sur les réseaux par les portables « intelligents ». Cela provoque au final une réelle addiction comme l’alcool, le tabac, les drogues…


Notre génération, on est bien accro au pétrole et on a du mal à construire la transition, la résilience (pour le monde d’après « la crise »). Nous n’avons donc que peu de choses à leur présenter pour les faire rêver, les faire réfléchir à un autre monde possible que celui qui est LEUR référence, dans lequel ils sont nés et ont grandi.

Mais, on peut leur faire découvrir que le plaisir peut aussi être de couper du bois, de repeindre sa chambre, de chercher des réponses dans des ...livres, de planter des graines, de cueillir des légumes, de les cuisiner et partager un repas, de se promener dans de beaux endroits, de …




 
Cette génération de l’immédiateté doit apprendre la patience, que les choses fondamentales comme l’amour, l’accomplissement par le travail, la joie sont des choses qui demandent du temps.

Etre reliés par des appareils n’est qu’une illusion relationnelle et en terme de liberté, c’est une aliénation forte. Demain, la montre connectée, la puce implantée sous la peau connectée, le/la ….

Je n’émets aucun jugement moral ou de valeur, mais je me pose des questions. Interdire sans remplacer par autre chose de plus valorisant ne sert à rien pour guérir de cette addiction.
Propositions autres, activités de création, reconstruction de l’estime de soi, valorisation d’une réalisation, les pistes sont multiples et nous en connaissons de nombreuses.

Compréhension et exemplarité feront contrepoids, atténueront le temps passé devant les écrans et cette illusion d’exister, de vivre à travers des appareils « connectés » !



L’avenir n’est pas écrit.


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Souvenez-vous quand ça a commencé cette dépendance-addiction. En 1997 apparaissait sur le marché des jouets, une "montre-oeuf", création japonaise, un programme informatif qui ne sera inter-actif, connecté qu'en 2004 : le TAMAGOTCHI. Ne dites pas que vous n'avez jamais vu ou eu un tel "jouet"...qui ne vous quittait plus, qui devenait le centre de votre timing quotidien, nourrir, promener, ...pour qu'il ne meure pas !



lundi 2 octobre 2017

ETATS GENERAUX DE L'ALIMENTATION : agriculture et santé

Emmanuel Macron, candidat, dans ses promesses électorales, déclarait vouloir « assurer un revenu décent aux agriculteurs et une alimentation de qualité tout en respectant l'environnement ».  
Quel beau programme pour toutes celles et ceux qui sont sensibilisés-e-s aux enjeux de la santé par une alimentation saine et également par la juste rémunération des paysans pour leur travail qui privilégie la qualité de leurs productions.
On allait voir ce qu’on allait voir car LREM (La République En Marche) veut tout changer , moderniser, adapter au XXIème siècle, …

Annoncez le programme :


Le 20 juillet 2017 s’ouvrent les Etats Généraux de l’Alimentation, une sorte de Grenelle de l’Alimentation, sous la coupe non pas du Ministère de la Transition comme le souhaitait Nicolas Hulot, mais de l’agriculture *. Cela doit durer jusqu’à mi-novembre avec 14 ateliers et 2 chantiers.
L’idée en tant que telle semble attrayante, médiatiquement payante, mais comme pour le Grenelle de l’Environnement des secteurs entiers en sont exclus et la composition des participants pose forcément question.
Edouard Philippe, premier ministre dit vouloir réconcilier agriculture et environnement, quant à Nicolas Hulot, il veut annoncer une « transformation culturelle » en appelant tous les acteurs « de la fourche à la fourchette » à « mettre les postures de côté ». « J’espère qu’aujourd’hui est le début de quelque chose d’inattendu et de magnifique ». Le prédicateur doit être sur une autre planète, doit user de substances euphorisantes car comment ne pas voir qui est autour des tables de discussion.

Les présidences des « ateliers » sont tenues par 10 élus et responsables publics, par 10 représentants des géants de l’industrie agroalimentaire et de la grande distribution et aucune par des syndicats agricoles ou des ONG. Le public peut intervenir sur internet !!! Nous avons donc des représentants de Danone, de Système U, des laiteries Triballat, d’Axéréales, du groupe Avril, etc...bref la grande distribution (8 groupes possèdent tout le marché), l’industrie agroalimentaire. Celui qui supervise le tout est Olivier Alain. Oui, illustre inconnu pour vous, mais c’est le conseiller agriculture de Emmanuel Macron pendant la campagne , gros éleveur bovin et ...porte-parole de la FNSEA, le syndicat agricole bien connu pour sa sensibilité écologique et la défense des paysans !!!! C’est lui qui conseillait aux agriculteurs de ne pas déclarer leur flux d’azote, contrairement aux textes réglementaires. Vous voyez le genre. Et qu’en pense Nicolas Hulot ? Silence…

Vous imaginez bien que ces ateliers -dirigés par Danone, Système U et autres - ne vont pas sortir des textes de futures lois qui vont indemniser avec des prix JUSTES et plus élevés les producteurs de nos campagnes, vallées et montagnes. Quant à manger plus sainement, ce serait une révolution au sein des industries alimentaires et gros distributeurs et FNSEA de changer complètement de direction , eux qui ne pensent que profits, rendements, hyper-production, …



 
Et pourtant, certaines cantines scolaires passent au bio et produits locaux et de saison, les circuits courts ont le vent en poupe, les « éleveurs engagés » font des efforts de reconversion, les producteurs bios sont de plus en plus nombreux, les consommatrices et consommateurs commencent à être sensibilisés aux problèmes de santé et d’alimentation, aux conditions d’élevage et de production, au bien-être animal,… Il semble donc bien qu’il y ait un décalage énorme entre les effets d’annonce, l’enfumage médiatique et les réalités quotidiennes.

Quand on voit les efforts constants des paysans pour améliorer leurs produits, leurs combats pour survivre en vivant de leur travail, la synergie qui monte pour la vente directe, les produits locaux et que du côté de l’État (par vote au Parlement qui est LREM en majorité absolue), on va faire adopter le CETA, cet accord de marché avec le Canada (puis revenir ensuite sur le Tafta avec les Etats-Unis) et qui va permettre l’importation massive de viandes et produits alimentaires, c’est comme se tirer une balle dans le pied, c’est en contradiction totale avec ce que veulent nos paysans.

Lorsque mi-novembre, ces Etats Généraux se termineront (!) vous aurez droit à de beaux discours, on lancera quelques désirs sans aucune décisions concrètes et loin des objectifs annoncés : une plus juste rémunération du travail des paysans et de leurs produits et une alimentation plus saine pour tous.

On voit là encore combien et quel est le décalage entre ce qu’on « perçoit », ce qui est « communiqué » et la réalité des choses. Demandez à nos paysans ce qu’ils en pensent, ce qu’ils espèrent des décisions de ces Etats-Généraux de l’Alimentation où ils sont concernés, mais totalement absents. Tout est dit ! **



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* Vous connaissez le nom du ministre de l’Agriculture ? Stéphane Travert (qui fait tout de … /lol)

** Et pendant ce temps, le glyphosate est prolongé, les terres agricoles disparaissent sous les routes à hauteur d’un département par an...les labels bio européens sont de plus en plus élastiques et permettent une quantité d’OGM et un affichage des compositions des produits moins strict, les contrôles de plus en plus différés dans le temps, ...etc...