mercredi 16 avril 2014

Régionaliste et Européen-ne

Régionalisme, Fédéralisme, Autonomisme
« Le régionalisme est une attitude visant à valoriser et à défendre les particularités et les identités des régions au sein d'un pays qui cherche à leur accorder une autonomie relative, qu'elle soit politique ou économique par la voie constitutionnelle. A l'inverse, dans le fédéralisme, ce sont les régions qui délèguent des pouvoirs à un échelon supérieur en se "fédérant".
Au sein de l’Europe des vingt-huit pays, il existe aussi des mouvements identitaires, voire séparatistes, à l’échelle des ses nations membres. Ces mouvements font valoir des aspirations nationales qui dépassent le plus souvent la seule reconnaissance de leurs différences culturelle, économique ou politique régionale au sein de leurs États d’origine. Ils se distinguent en cela du « régionalisme », car leur demande d’autonomie remet parfois en cause la légitimité des États dont ils dépendent et ils peuvent être dans ce sens qualifiés de nationalismes régionaux. »
(sources Wikipédia)



Régions et Espace Européen
La question des régions est reposée depuis quelques semaines par le leurre politique lancé par Manuel Valls, nouveau premier ministre, qui souhaite économiser et rendre plus efficace le fonctionnement administratif du pays en réduisant le nombre de régions en ...2017 et supprimer les départements en ...2020. Comme cela, en mettant ce débat sur la table, on ne parle pas de ce qui préoccupe essentiellement les gens en ...2014, à savoir pouvoir manger, se loger, se chauffer, se déplacer, construire sa vie, avoir un avenir sans être confronté ou soumis en permanence à la précarité, au chômage, à la peur du lendemain.
N'oublions pas non plus que la campagne des élections européennes commence, et cela amène aussi à se poser des questions sur l'Europe, la place des régions dans cette Europe. Avec quels droits, quelles compétences, quelles particularités et identités reconnues ? Peut-être aussi qu'implicitement, on cherche à nous faire croire que tous les malheurs viennent de cette Europe, alors qu'elle peut aussi protéger et donner des perspectives. Où est le vrai ? Où est le faux ?

Quand on dit « Europe », on pense souvent Commission Européenne, celle qui semble mener les politiques économiques des Pays membres. Or, cette Commission n'est pas du tout une assemblée légitimement élue par les habitant-e-s européens puisqu'elle rassemble des « personnalités » désignées par les chefs d'Etat (pour simplifier, mais ce sont aussi souvent des personnes qui ont travaillé pour des banques, celles qui ont crée la crise, dans l'intérêt de leurs actionnaires, depuis 2008). Le Parlement Européen est lui composé par des député-e-s élu-e-s par l'ensemble des électrices et électeurs européens. Malheureusement, ce n'est pas le Parlement qui mène la politique européenne et donc la première chose à faire serait de redonner le pouvoir au Parlement et non à la Commission. Mais ce débat ne sera sûrement pas au cœur des élections européennes du 25 mai prochain. D'autre part, la Banque Centrale Européenne fait la pluie et le beau temps, mais elle ne prête pas directement aux Etats, mais à des banques qui pratiquent des taux d'intérêts à leurs convenances en prêtant ensuite aux Etats. Un système pervers, c'est clair. Là encore, il y a des changements à faire pour qu'on puisse retrouver un regard plus confiant envers cette Europe qui un jour nous fait avancer et l'autre nous enfonce dans la crise en exigeant aussi des économies drastiques dans les services publics.



Alors quelle Europe voulons-nous ?  Et quelle sera la place des régions dans cet espace ?
Les alsaciens peuvent-ils se retrouver avec les lorrains, les vosgiens ? Allons même plus loin, les sungauviens avec les jurassiens, les francs-comtois, les belfortains, les bâlois ???  Et puis, pourquoi pas les alsaciens avec les bâdois ? Poser ces quelques pistes et c'est le déclenchement d'une salve de réprobations en retour, c'est clair ! Et pourtant, il va bien falloir en discuter de façon objective, en acceptant toutes les remarques et les avis divergents un jour. Et qui a droit à s'asseoir autour de la table pour en parler ? Des historiens,  des économistes, des politiques, vous, moi ? Ah non pas toi :  tu n'es pas né ici, tu ne parles pas notre dialecte, tu ne comprends pas notre mentalité, etc....retourne chez toi si tu veux causer. Ah oui ? Et c'est où « chez moi » ? Et qu'est-ce que ça veut dire  « chez moi » ? Stop, on n'en finira jamais si ça commence comme cela. OK. Sauf que ça commence toujours comme ça et ça ne va jamais plus loin, ça s'éternise en tournant en rond avec les  mêmes questions en boucle. Et ainsi, il y a toujours de la place pour les nationalistes régionaux, les séparatistes et autonomistes de tous bords, qui flattent les traditions, le terroir, les parler locaux comme s'ils en étaient les créateurs et les dépositaires légataires, leurs défenseurs guerriers devant un danger qui les menace à mort. C'est un point de vue régressif qui fige le temps et l'avenir.

On peut être régionaliste et européen.
Tu reviens d'où ? De Cappadoce, de Catalogne, de la Forêt Noire, de Corse, du Tyrol, de Toscane ? On dit quand même plus facilement cela que de dire : de Turquie, d'Espagne, d'Allemagne, de France, d'Autriche, d'Italie, non ? Non ? Faut-il développer plus ou cela suffit déjà pour prendre conscience que nous visitons, séjournons dans des régions d'Europe que nous nommons précisément.

J'habite aussi une région et, à moins de m'enfermer dans un petit cocon, je m'imprègne dans mon quotidien de son identité et de ses particularismes. Au même titre quand je me promène dans les quartiers d'une grande ville, j'aime les quartiers « particuliers » comme le quartier italien, le quartier chinois, le quartier africain,...Bref, l'exotisme et mes envies de voyage sont au coin de la rue et dans la région où je vis et toute celles qui m'entourent. Et quand, avec ma carte d'identité et mes Euros, je peux circuler dans un grand espace géographique aussi vaste que l'Europe, et qui est en paix, quelles colères et quelles haines sont justifiables ? La crainte, la peur des différences « culturelles », « religieuses», «... » ? La supériorité occidentale ? Soyons sérieux. On s'enrichit de la différence de l'autre, on augmente son seuil de tolérance, on se rapproche de sa nature profonde de terrien, d'humain, non ? Et nous ne sommes quand même pas dans une guerre contre nous-mêmes, si je ne m'abuse puisque nous avons des intérêts communs comme l'eau, l'air, la nourriture, les énergies, les matières premières, …etc...

Nous ne sommes pas non plus dans une guerre contre une France  ou une Europe qui menaceraient l'identité régionale (alors qu'un texte européen les défend) et que la France rayonne par la diversité, les originalités de ses régions. Non, ce qui révolte, ce sont les contenus du Traité Européen, le fonctionnement actuel des institutions avec une Commission qui prévaut sur un Parlement élu, une banque européenne qui prête à des intermédiaires, une politique qui défend le libéralisme et se soumet à des lobbys plutôt qu'elle ne cherche à harmoniser les droits sur tout le territoire des pays-membres, une France qui est encore trop centralisée et ne donne pas assez de compétences aux Régions (c'est quoi les contenus du projet de regroupement de régions?).

L'enjeu des élections européennes ne se situe donc pas au niveau des personnes, mais bien de l'idée qu'on se fait de l'Europe ( et de la France dans cette Europe des Régions) et c'est ce débat qu'on aimerait entendre plutôt que les promesses d'une campagne électorale pour le seul parlement sans grands pouvoirs...Nous ne sommes pas en 2005 et de toute façon, à ce moment-là, les élu-e-s de l'Etat ont donné un autre avis sur le Traité Européen que le référendum démocratique de ses habitants. Alors, il ne faut pas s'étonner qu'on soit sceptique, méfiant et même irrespectueux. Qui a commencé ?

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dessins de PAT Thiébaut      www.lagitedulocal.com




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