jeudi 8 janvier 2026

LE TEMPS DE LA FRIVOLITE INSENSEE

On peut chercher longtemps de la cohérence, du sens dans ce monde déshumanisé où chacun-e essaie de tracer son chemin avec l'impression d'avoir accompli quelque chose.

On hausse les épaules tous les jours quand on reçoit un flot de mots construits pour soit-disant nous informer et faire avancer nos réflexions, mais de fait on nous lobotomise avec des idéologies matraquées du matin au soir sur tous les médias envahis de publicités racoleuses.

A cette période (2025-2026), les agriculteurs manifestent contre le traité Mercosur d'accords d'échanges bilatéraux entre pays d'Amérique du Sud et Europe. Pas d'importations de viandes dont leur élevage ne respectent pas les normes sanitaires européennes. Mais construction de mégabassines - réserves d'eau vitale - pour sauvegarder les élevages intensifs, les monocultures de maïs-soja destinés à ...l'exportation ! De même, on argumente la dette nationale pour empêcher toutes nouvelles avancées sociales de hausses de salaires ou retraites à 60 ans, mais chaque jour des milliers de containers arrivent par les tankers dans les ports français chargés d'objets éphémères à bas prix made in China et fabriqués dans des conditions qui nous scandalisent...Il faut vraiment fouiller pour trouver de la cohérence et de la logique là-dedans ! Imaginer que des banquiers d'investissement vont aider des projets émergents est tout autant un leurre car ces gens ne financent que ce qui rapporte de suite des bénéfices importants à se reverser et aux actionnaires qui ne produisent rien.

L'argent, le pouvoir, le sexe, voilà les fers de lance de la pensée « émancipée » de ce 21ème siècle. Et pas question de critiquer, de faire réfléchir, voir d'agir pour éveiller les consciences, car là vous devenez un « terroriste » à réprimer, enfermer, avec une particule devant, selon les thèmes abordés. Anarcho-terroriste, islamo-terroriste, éco-terroriste, narco-terroriste, …., facho-terroriste n'existe pas encore et pour cause ! On observe ce monde qui a perdu toute humanité, toute cohérence, et qui se vautre dans une consommation ou une survie qui n'a plus aucun sens.

 


 


« Quand tu ne sais plus où tu vas, souviens-toi d'où tu viens ».

Pour des personnes de ma génération, on peut mesurer l'écart énorme entre nos premières années et le crépuscule de notre vie.

Avoir un toit, un logement sans dettes et avec peu de charges d'entretien, pouvoir se nourrir sainement quotidiennement, avoir la possibilité de se déplacer pour des échanges, des liens, être en capacité de bénéficier de soins accessibles à tous, pouvoir offrir du temps à l'éducation de nos plus jeunes, …, voilà synthétiquement ce que l'espèce humaine peut souhaiter. Dans cette énumération, où nous situons-nous ? Et pour arriver à cela, quels sont les chemins à parcourir, les obstacles à franchir, les rêves à déconstruire... Je me souviens bien de certaines situations que j'ai vécu et vu évoluer au courant de ces dernières décennies.

J'ai été élevé dans une maison très modeste et petite qui était la partie habitable d'une ancienne petite ferme familiale qui n'existait plus, avec un petit terrain autour, avec quatre sœurs. Ma mère a été coiffeuse avant de se consacrer entièrement à ses enfants en faisant aussi de la couture à domicile pour des voisins et autres villageoises. Mon père travaillait dans une usine textile où il se rendait en vélo, puis en « solex », après son retour de « Malgré-Nous » alsacien au sortir de la deuxième guerre mondiale, survivant éprouvé et taiseux sur les horreurs vécues. Bien sûr, on dormait à plusieurs dans les petits espaces de la maison et plus tard, mon père a aménagé le grenier pour nous permettre d'avoir des chambres et nous permettre de nous isoler pour les devoirs scolaires...et un peu d'intimité. Pas d'eau courante, mais une pompe à eau manuelle installée dans la « cuisine » et qui puisait dans la nappe phréatique. Pas de WC, mais une cabane au fond du jardin avec un trou et un réservoir à excréments qu'on vidait dans le potager.

Des poules, des lapins, des légumes du jardin. Et pas de salle de bain, une bassine d'eau froide pour nous laver. Un peu plus tard, une pièce a été rajoutée collée à la maison avec un grand bac qui était posé sur un feu de bois et une baignoire qui était remplie avec cette eau chauffée, où on se relayait à plusieurs avant de renouveler ...l'eau du bain. Même mes cousins-cousines venaient profiter de ces moments.

Et c'était sans pudeur, puisque on se croisait tous-toutes dans cette pièce, à s'habiller, se déshabiller... Pas de route goudronnée, mais un chemin de terre qui menait aux champs de blé et de maraîchage-vergers. Après les chevaux de trait, ce furent les premiers tracteurs des paysans de la rue. Nos jeux se résumaient à l'utilisation d'objets qu'on fabriquait avec ce qu'on trouvait : des branches de bois, des écorces, de la ficelle et la découverte de jeux un peu plus érotiques dans le foin des granges... avec les voisines de mon âge !

On arrêtait l'école à l'âge de 14 ans pour la plupart. Certain-e-s étaient encouragés à aller au collège ou petit lycée puisque l'ascenseur social avait encore du sens et une certaine efficacité. On se contentait de ce qu'on avait, de ce qu'on créait, de ce qu'on faisait. Un livre c'était précieux, une balle aussi, tout comme une poupée...Noël, c'était un pain d'épice, une orange (fruit très exotique) et parfois, un jouet et le rassemblement de la famille, cousins, tantes et oncles.

 



« Quand tu ne sais plus où tu vas, souviens-toi d'où tu viens ».

Oui, je me souviens par bribes de ces moments, de ce contexte, je n'oublie jamais d'où je viens et quelle était la vie au quotidien à cette époque. Cela donne des repères, des balises, quand on regarde le monde d'aujourd'hui plus qu'un demi-siècle plus tard. Cela permet de mesurer la rapidité des bouleversements technologiques, de confort et de déshumanisation puisque nous nous sommes éloignés de la nature, de l'essentiel, du vital, les uns des autres, pour aller vers une frivolité insensée qui mènera je ne sais où.

On naît et un jour, on prend conscience qu'on va aussi mourir, disparaître, ne laisser que des souvenirs dans la mémoire de ceux qui « restent ». Et on se questionne sur ce qu'est LA vie (dans notre pensée) avec ce qu'on a vécu, vu jusque là, réalisé.


Pendant une période, le programme appliqué du Conseil National de la Résistance a apporté des avancées majeures pour une vie meilleure après le chaos humain de la deuxième guerre mondiale. La Sécurité Sociale mutualisée a permis l'accès aux soins pour tous. Le confort dans les maisons s'est amélioré petit à petit et la paix a fait réapparaître une certaine joie, les relations d'entraide ont perpétué. Après un mouvement de notre jeunesse pour une libération des mœurs est aussi apparue une « société de consommation » dont on entrevoyait déjà toutes les dérives et changements profonds de valeurs qui allaient venir et s'imposer pour les profits générés.

Les inventions numériques allaient être la deuxième étape. D'abord dans le domaine des loisirs qui s'individualisaient, puis dans le monde du travail qui devait « s'adapter » avec des bouleversements profonds.

La privatisation des banques, le marché financier des matières, la centralisation politique des pouvoirs de décision ont complètement changé l'organisation du tissu social. Les différences de « classe » se creusent, provoquant une violence qui gangrène une société inégalitaire qui n'a plus rien de démocratique.

 



« Seul, on va vite ; ensemble, on va loin ».

Individualisation, égocentricité, paranoïas induites, contrôles de masse, centralisation oligarchique des pouvoirs et de la richesse produite ; on observe, on écoute, on réfléchit. Quand on n'est pas un « enfant » de la génération numérique, notre vision du monde est bien plus large avec des racines bien différentes. Nous ne sommes plus des personnes en évolution, mais en adaptation avec une conscience en désaccord avec ce système déshumanisé du « libéralisme mondialisé ». Nos enfants, nos petits-enfants ? Que pouvons-nous encore partager, échanger, transmettre ? C'était mieux avant ? Sûrement pas. C'est mieux aujourd'hui ? Pas vraiment.


Peut-être que notre seul refuge, pour nous les anciens, reste la nature, la forêt, la montagne, les bords de l'eau, les grands espaces (qui restent), les animaux, les plantes, les arbres...Avec l'impression (assez concrète) que ce monde se délite, que la planète est blessée, que l'espèce humaine se met en danger, sa fragilité et sa dépendance sont interrogées. Mais la nature s'adaptera, mutera...


Cette inconscience que je nomme frivolité pour rester léger, est pour moi insensée, j'ai du mal à y trouver de la profondeur, de l'espoir...



Mais je suis vieux et il vaut mieux ne pas m'écouter quand on a moins de 50 ans.

Je n'ai rien de sage, je suis juste « non conforme »...

et...l'avenir n'est pas écrit ! 


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