dimanche 12 août 2018

« J’avoue mon incapacité, mon inutilité au grand jour »


Non, ce n’est pas moi qui parle, mais cela est sous-jacent dans les dernières déclarations de notre ministre d’État à la transition écologique et solidaire, M. NULot, après la condamnation de Monsanto-Bayer par un tribunal de San Francisco. 

La plainte du jardinier de 46 ans, Dewayne Johnson, atteint d’un cancer en phase terminale alors qu’il a utilisé intensivement le roundup dans son travail pendant deux ans, a abouti à une condamnation de Monsanto à hauteur de 289 millions de dollars ce vendredi 10 août 2018, une première, mais avec 5000 plaintes en cours actuellement.


Tout le monde a déjà entendu le nom de Monsanto. 
Cette entreprise a été crée en 1901 par John Queen et pris le nom en hommage à son épouse, Olga Mendez Monsanto. D’abord fabricant de saccharine pour Coca Cola, d’aspirine, puis de plastiques (polystyrene) de PCB (dioxine) dont les déchets sont enfouis près de Cardiff (pays de Galles) et du « défoliant » agent orange utilisé largement pendant la guerre du Vietnam. Après ce fut le tour de l’aspartame et des hormones de croissance accélérée. En 1980, la firme se tourne vers les biotechnologies agricoles avec les semences OGM tout comme Syngenta, Dow Agroscience et Pioneer hi-bred , ces noms qu’on voit dans les essais en champs près du Rhin chez nous à côté du centre de recherche de Dupont de Nemours. Le glyphosate dérivé de l’agent orange vendu sous le nom de Roundup envahi le monde.
En septembre 2016, la firme pharmaceutique allemande Bayer rachète Monsanto, l’américaine. Le 4 juin 2018, le nom Monsanto disparaît officiellement pour des raisons d’image de marque car associé à tous ces polluants et semences génétiquement modifiées comme dans le soja, le maïs, la pomme de terre, le coton, l’aubergine…



Ce procès a permis à notre ministre de se refaire une image, de faire des déclarations combatives...des mots. Mais ce qu’il dit n’est que le replay de ce que les militant-e-s écologistes répètent depuis plus de trente ans sur les dioxines, les OGM, les hormones, les molécules qui empoisonnent les sols, les animaux, la nourriture, les humains. Après avoir autorisé la prolongation du glyphosate l’an dernier pour 5 ans voir 10, voilà le même ministre d’État qui tient aujourd’hui un discours qui reproduit celui des militants radicaux écologistes, tout en n’interdisant pas la vente en France puisque « c’est trop compliqué et pas avant au moins 3 ans !!! ». M. NULot parle tout à coup de capitalisme, d’actionnaires, d’empoisonnement, lui dont la Fondation et les émissions TV étaient sponsorisés par les plus grands pollueurs. Et puis, cela évite aussi de parler de tout le reste qu’il laisse filer comme l’élevage intensif, les OGM, la bétonisation des terres agricoles, le nucléaire, la privatisation des centrales hydrauliques, des barrages, les molécules tueuses d’abeilles, ...etc…




M. le ministre d’État montre au grand jour une fois de plus son inutilité et son incapacité à prendre ne serait-ce qu’une décision courageuse qui s’opposerait à tous ces lobbys marchands qui n’ont que faire de la santé, de la qualité alimentaire, du bien-être animal, du principe de précaution.

Des mots, des discours, des déclarations , mais des actes, des décisions, zéro ! Pour NULot !

L'ETE EN PENTE ...RAIDE



La réforme constitutionnelle a été remise à l’automne, le parlement s’est vidé pour quelques semaines, l’affaire Benalla jouit d’un silence médiatique général, M et Mme sont allés se « reposer » au fort de Brégançon, histoire de laisser passer l’orage, les cheminots bafoués ont pris du recul, les partis politiques sont en stand-by en attendant les élections européennes de 2019, la canicule généralisée à la planète interpelle, la liesse post-Mondial est retombée, c’est bientôt la rentrée, histoire de revenir à un quotidien moins interrogatif (enfin, ça dépend pour qui).

« Cela fait un moment que tu n’as plus écrit de Chroniques » m’interpellent certain-e-s lecteurs-trices fidèles. C’est vrai, mais quand rien ne m’interroge ou que je n’ai rien à dire, faut-il juste remplir des pages pour continuer à « exister » ? Nous sommes si peu de chose, une fourmi comme une autre dans un monde où l’individu n’a plus grande valeur, même si on pousse à l’individualisme consommateur pour faire tourner le « système » et donner dans l’illusion. Je suis souvent effaré dans les discussions autour des tables d’été par une acculturation massive : c’est la porte ouverte à tout, une impression d’impuissance, un flot de superficialités assénées comme des vérités incontournables… On peut se demander souvent pourquoi on reste à table ! Une situation qui finalement amène à ne plus s’exprimer, analyser, proposer, tellement on trouve que tout est inutile, voué à l’échec, à un vide abyssal de la pensée et des actes.
On devient peu à peu spectateur d’un monde qu’on ne comprend pas, qu’on ne cherche plus à comprendre, qui a pris des directions qu’on croit irréversibles, sans alternatives possibles, et qui est voué à aller droit dans le mur…




Alors je repense à cette perspective d’une civilisation dominée par le big data, les algorithmes qui s’auto-alimentent, et à la conséquence de pertes gigantesques d’activités salariées, réduisant un nombre incalculable de personnes à l’inutilité. Et probablement à la misère puisque coupés de leur part humaine et primitive qui permettait les savoirs-faire vitaux et leur transmission. Dépendants, connectés sous contrôle, cette masse esclavagisée que va-t-elle devenir ? Sous drogues pour ne pas voir et occupée par des jeux vidéos ? Faut-il alerter, développer ces hypothèses, pour anticiper et réfléchir à d’autres voies et des actes de résistance ? Ou profiter des derniers plaisirs matérialistes avant de devenir des « légumes » d’ajustements variables, corvéables à souhait au service de la caste « supérieure » des propriétaires de l’industrie numérisée ?

Visionnaire ou pur délire ?
Regardez autour de vous. Plus d’une fois dans ces chroniques, j’ai réagi à ce changement de « civilisation » qui  a plaqué de façon quasi permanente un objet connecté dans la paume des mains de tout un chacun. C’est impressionnant, inquiétant, effarant : incontournable ? Cette horde mondialisée a-t-elle réellement conscience, se pose-t-elle des questions civilisationnelles d’existence, de la part d’humanité qui reste ? Chaque jour qui passe, je doute de plus en plus. J’avoue que cela m’angoisse alors qu’à mon âge, je devrais dire « après moi le déluge ». Mais j’ai enfant et petits-enfants, je regarde cette jeunesse et s’interroger c’est aussi se relier au monde, à la vie, à l’existence même. Mais là on rentre dans une autre dimension plus métaphysique, plus philosophique, plus spirituelle qui fait rire, se moquer, peine perdue, laisse tomber !


Dis donc, la canicule te fait bouillir le cerveau. Viens à l’ombre, boire un pastis ou un rosé glacé.
L’été en pente ...raide, et cela se dit dans les deux sens : s’élever ou s’enfoncer.

jeudi 26 juillet 2018

REPUBLIQUE et ROYAUTE : argent, pouvoir, sexe

La France a longtemps hésité et n’est toujours pas prête à passer à une 6ème République qui mettrait l’organisation et la gouvernance du pays au diapason du XXIème siècle. On en est très loin...penchant plutôt à un retour de l’empereur qu’à un régime parlementaire.



L’histoire de la République Française n’est pas si vieille que cela : 226 ans puisque la royauté a été abolie en 1792. Le 22 septembre de cette année-là, c’est l’an 1 de la République Française...après la Convention, le Directoire, le Consulat. Mais cette identité politique n’a pas été constante puisque les soubresauts d’un pouvoir absolu ont toujours existé. En 1804, Napoléon Bonaparte 1er se déclare « empereur des Français » et la République devient l’Empire. En 1848, sous la 2ème République, rebelote, Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de Napoléon 1er, se fait proclamer « empereur » en 1851. Ce n’est qu’en 1871 que l’on retrouve la 3ème République en pleine guerre franco-allemande et ce jusqu’en 1940.
1940-1944  Pétain est chef de l’État Français, puis de 44 à 46, De Gaulle est président du gouvernement provisoire. De 1946 à 1958, c’est la 4ème République avec Auriol, puis Coty comme présidents.
Et depuis 1958, c’est la 5ème République avec comme présidents successifs 34 années de gouvernement UDR/UMP et 19 années de gouvernement PS :
1959-1969   De Gaulle                   UDR
1969-1974   Pompidou                   UDR
1974-1981   Giscard d’Estaing       UDF
1981-1995   Mitterand                    PS
1995-2007   Chirac                         RPR-UMP
2007-2012   Sarkozy                        UMP
2012-2017   Hollande                     PS
2017-…..     Macron                       LREM
La 5ème République a donc des institutions vieilles de 60 ans mais qui semblent très bien convenir au nouveau « roi de France », Emmanuel Macron qui pourtant veut se donner une image de modernité en se faisant passer pour un chef d’entreprise…

Mais les contenus ont bien changé. D’une république sociale consignée dans le programme du Conseil National de la Résistance au lendemain de la deuxième guerre mondiale et qui instaurait la nationalisation des banques et l’instauration des services publics, à la « république » de Macron avec son programme libéral et financier en opposition complète avec le programme issu de la Résistance, il y a un fossé qui a coupé le pays en deux ou l’a complètement fait éclater. Il faut être aveugle pour ne pas le voir, le sentir...Ce n’est pas un régime parlementaire qu’on a sur le papier qui est une réalité, mais plutôt un Emmanuel 1er et un parlement qui ne fait que se plier et signer comme un seul homme aux ordres du patron. Nous sommes de retour sous une royauté qui ne dit pas son nom. Bien sûr, finies les perruques et les quadrilles mondaines à Versailles, mais ce ne sont que les costumes et le contenu du commerce qui ont changé, le pouvoir est redevenu absolu aux mains d’une seule personne et en 2018, ce n’est pas pour autant rassurant quand on voit la main-mise d’une certaine caste sur l’ensemble de la planète.



Alors, d’un côté on a les cinquante ans de mai 68 qui fut  un changement important pour le monde ouvrier -qui y a gagné pas mal- et pour l’évolution des mœurs, du poids de la morale et du conformisme et de l’autre côté, on a ce pays sous une chape économique du chantage au travail qui précarise le tout et insuffle la crainte au quotidien. On voit le chemin en 50-60 ans et on ne peut guère parler d’évolution positive politique en France. Bien au contraire. On a l’impression d’un retour en arrière, une gouvernance monarchique qui se cache derrière des allures de modernité !!!


Et au bout d’à peine un an de présidence, on sent bien que le sourire ne suffit plus à masquer la dérive clanique de Macron et ses soutiens ou plutôt de Macron et ses ...commanditaires, ce serait bien plus juste.
Quand on voit Cohn-Bendit dans les bras de Macron où il a porte ouverte, on sent aussi combien ces gens dont peut-être on s’est senti proche à un moment donné, nous ont toutes et tous trahis et que l’humain politique disparaît sous le carriérisme et les lights des médias.
Cela devrait inciter encore plus les plus jeunes à se méfier de tous ces bonimenteurs de la politique, ces gens qui promettent et ne tiennent pas parole, mais qui se représentent et sont souvent reélu-e-s, allez comprendre pourquoi. Parce qu’ils ont distribué des subventions ...d’argent publique, de nos impôts pour créer une dépendance factice ?
Ainsi, on est capable de sacrifier la santé de ses compatriotes à la promesse d’un enfouissement des lignes électriques dans son beau village qu’on aimerait typique et accueillant !!!
Bien nombreux-ses sont celles et ceux qui ont perdu toute notion d’humanité, qui se comportent comme s’ils étaient éternels et qui vont bien être obligés de se regarder en face au crépuscule de leur vie. Et quel sens trouveront-ils à leur vie terrestre lorsqu’ils n’auront oeuvré toute leur vie qu’à gérer leurs intérêts financiers et matériels et ceux de leur caste proche ? Mais se posent-ils encore ce genre de question ?




Nous sommes aujourd’hui dans des rapports de force, des idéologies à l’opposé sur ce qu’on espère dans une vie. Nous sommes dans des clivages qui se creusent et engendreront de plus en plus de violences, c’est une évidence.

Le repli se fait aussi dans le silence, l’abstention, le désœuvrement, la perte de tout espoir, la fin des valeurs, …
Difficile aujourd’hui de mobiliser sur des projets, même locaux, ruraux...Difficile d’entamer des discussions, tant les lignes sont figées. Alors il ne reste que la soumission, l’abandon ou l’affrontement dans des rapports de force. Bourdieu le disait bien : « la politique est un sport de combat ».
Quand on voit certaines images de déploiement de force, on ne reconnaît plus son pays : des jeunes non-violents battus par des robocops surarmés et en nombre démesuré. La propagande étatique diffusée dans les médias aux mains de quelques gros patrons a fait fi des débats intellectuels dont la France avait la réputation. Pays des libertés et des lumières, il n’y a pas si longtemps, la France est devenue quoi ? Le larbin de l’Allemagne, de l’Amérique, de la Chine...à manger dans la main des richissimes princes arabes ? Quand on aime, on a un devoir de regard critique et de franc parler.





J’aime mon pays, pour de multiples raisons très diverses, mais ce n’est pas celui que je vois aujourd’hui, celui qu’on présente à nos enfants et petits-enfants avec des perspectives pour le moins limitées car il faut rentrer dans le cadre de petit soldat de l’économie et soumis, pour espérer avoir une vie matérielle décente et l’impression d’exister. Est-ce cela la vie ?

Jeune on est éternel, mais avec le temps, on sent bien qu’on est fourvoyé, qu’on se laisse avoir parce que la pensée est de plus en plus limitée, la massification empêche toute idée nouvelle, l’intelligence artificielle remplace la dialectique du cerveau et bientôt l’activité humaine.
Lorsque sera venu le temps des « inutiles », que faire de ces bouches à nourrir et à occuper ? Et qui sera encore à la tête des concepteurs des algorithmes puissants qui s’auto-alimenteront ?

L’avenir n’est pas écrit ...mais les dérèglements ne sont pas que climatiques !
Pour quelques-uns, c’est profiter au maximum de tout, sans morale, sans retenue, avant de mourir et de laisser le chaos puisqu’on sait qu’on va droit dans le mur, mais ce ne sera plus pour nous, donc…


Aujourd’hui, tout tourne autour de l’argent, du pouvoir, du sexe et on en arrive même à oublier qu’on peut vivre autrement, être autrement…
« Je ne veux pas gagner ma vie, je l’ai » disait Boris Vian...il n’y a pas très longtemps !
« Réfléchir, c’est commencer à désobéir » rajoute le dernier philosophe…
Et le vieux sur sa chaise de conclure : « ce n’est pas parce qu’on a les yeux ouverts qu’on est éveillé. » Tout un programme…

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                                      ACTU



En cette fin de mois de juillet, on découvre ce qui devient « l’affaire Benalla », le garde du corps du candidat, puis du président Macron et qui préfigure une police privée présidentielle qui outrepasse tous les droits en se croyant au-dessus des lois. Les incohérences de la défense plombent encore plus le gouvernement et mettent en lumière les fonctionnements cachés de l’État. Macron 1er n’a qu’un an de règne et déjà le voile tombe pour mettre en plein jour la face réelle du candidat élu par 25 % des électrices-électeurs et qui se comporte comme ses prédécesseurs des siècles derniers : c’est ça la modernité selon Macron 1er.

mercredi 4 juillet 2018

NOYER LE POIS(S)ON AVEC UN ECRAN DE FUMEE


Monsieur Nicolas Nulot, ministre de...l'écologie(!) va nous présenter ses 80 mesures pour la biodiversité. Si on n'avait pas appris à connaître le personnage, on pourrait pour le moins être attentif et excité à la transformation probable du pays -dans cette optique- en une nouvelle économie respectueuse de la nature !
Mais, on connaît la méthode : écoutez ce que je dis (je suis votre messie-visionnaire !), ne regardez pas ce que je fais ! 




Ce que je dis (N.Nulot) : "40% des espèces auront disparu au milieu du siècle prochain...Il faut créer un front mondial pour remédier à cela, la France en sera le leadership. ..En 2020, il y aura un Congrès Mondial de la Nature à Marseille...Il faut créer ou étendre 20 réserves naturelles, nationales et il y aura un premier parc national des forêts entre Champagne et Bourgogne...Ce sera fini des plastiques non-biodégradables et ce sera zéro plastique rejeté dans les océans en ...2025 ! On ne peut pas fermer 17 à 25 réacteurs nucléaires mais Total et EDF vont produire 10gw et 30gw d'énergie solaire ce qui réduira la part du nucléaire (sic !!!!). L'huile de palme sera réduit d'ici à ...2030 ! il y aura zéro artificialisation net des sols (...par des compensations..."
En gros, ce sont là les principales déclarations des 80 mesures.…

Ce que je fais (N.Nulot) : je permets l’exploitation de mines en signant les protocoles, je permets à Total de raffiner de l’huile de palme pour en faire des « biocarburants » !!! en détruisant des surfaces gigantesques de forêts. Le glyphosate sera prolongé cinq ans, voir dix (et plus qui sait, ou remplacé par le pire Dicambra). Et « en même temps » (selon la bien-aimée formule présidentielle) les abeilles meurent en conséquence, les oiseaux disparaissent. 
Parlons de « l’artificialisation des sols » qui est en fait le bétonnage massif de surfaces agricoles. Ses annonces de principe... ne sont jamais suivies d’effets. Pour exemples : le projet Eurocity (en Ile de France) sur lequel la justice avait donné raison à ses détracteurs, mais l’État a fait appel de la décision pour que ce bétonnage gigantesque puisse se faire. Idem pour l’autoroute strasbourgeoise G.C.O. que Nulot autorise et qui fera disparaître des centaines d’hectares de terre agricole très fertile.
Pour lui, la compensation fera un bilan nul. Mais alors là, il faut me faire comprendre ce marché de dupes. Moi, je vois les choses ainsi, mais vous me direz si je me plante complètement. Je prends un territoire défini, la France par exemple. Je bétonne une parcelle en recouvrant des terres agricoles ou forestières ou... Je dis que je vais compenser en protégeant une autre parcelle. Oui, MAIS, en protégeant une autre parcelle, on ne fait pas revenir la parcelle bétonnée en terre agricole, non ? Cette histoire de compensation est un marché de dupe, un vrai leurre intellectuel.
Inscrire l’environnement dans la Constitution est du même ordre. Un principe sans mesures contraignantes n’a aucune valeur et n’induit aucune action obligatoire. Un écran de fumée…



M. Nulot est non seulement l’otage doré d’un Macron, beau parleur sans scrupules, mais en plus il a tué l’écologie en se mettant du côté des lobbyistes. Un nombre incalculable d’exemples réels, concrets le démontre : l’enfouissement des déchets radioactifs, l’élevage intensif et le bien-être animal, le retour en arrière sur le bio dans les cantines, sur l’agriculture biologique, l’épandage des pesticides près des habitations,… La liste est longue des renoncements, des marche-arrières, des silences, des… 
Et finalement, au bout d’un an au gouvernement comme ministre ...d’État, qu’a-t-il de positif dans son bilan réel ? Attention, on en parle pas des mots, des bla-blas, des engagements (intenables puisqu’il ne sera plus là) pour dans 10, 20, 30 ans voire plus !!!! Non, je parle de réels changements environnementaux.

Alors, 80 « mesures » pour la biodiversité, c’est pour remplir les pages des magazines, pour faire croire que …., mais qu’est-ce qui concrètement sera réalisé, qu’est-ce qui est acté, planifié, budgétisé ? Qu’est-ce qui est contraignant, rendu obligatoire et qui changera réellement le cours des choses ?

Le remplacer ou pas ne changera rien, sa démission ou non ne changera rien. Cette question n’offre aucun intérêt.
M. Nulot est un leurre gouvernemental qui sert d’écran de fumée pour noyer le pois(s)on…M. Nulot est un pion comme un autre, un peu plus médiatisé comme l’ex-vedette TV qu’il est, mais surtout un homme d’affaire avisé qui sait où sont SES intérêts…

Voilà, on se frotte les yeux, on remue la tête et on retourne sur le terrain, là où on vit et on agit localement sans se préoccuper des bla-blas saoûlants qui polluent les ondes et les écrans...




mardi 12 juin 2018

Je ne sais pas vous, mais là j’ai atteint un seuil de tolérance

Je ne sais pas vous, mais là j’ai atteint un seuil de tolérance…Je ne supporte plus tout ce que je vois et lis concernant la politique dans notre pays. On est aujourd’hui dans une sphère de non-politique où tout est permis, décomplexé, où on se moque et même dédaigne toute humanité et cohérence ; seules comptent le business, les affaires…Pour l’idéologie, les différences sont gommées, les convictions mises au rencard car elles n’apportent aucune plus-value. Les gens de la gauche gouvernementale (PS) sont aujourd’hui devenu macroniens, les gens de droite n’hésitent plus à rejoindre les thèses extrêmes d’un Wauquiez, Le Pen, Dupont-Aignan ; les écolos ont disparu noyés par leurs carriéristes et un emblématique Hulot réduit à une marionnette des lobbys et bardés de renoncements à répétition. Et nous, on est où ? On n’existe plus que comme des valeurs d’ajustement (augmentation de la CSG, lissage des retraites, statut des fonctionnaires réduits à néant, …) On subit Linky, Flamanville, glyphosate et autres Dicamba, retour de l’uniforme scolaire, un poids fiscal et “en même temps” (selon l’expression préféré de ce président) il y a toujours des évadés fiscaux, des paradis fiscaux et des escrocs corrompus ménagés (Cahuzac, Dassault, …etc). En Europe, avec de plus en plus de gouvernements xénophobes, il y a peu de chance d’avoir un jour une politique commune ce qui profite largement aux USA, Chine…


Je ne sais pas vous, mais moi , cela me rend très mal à l’aise et quand je vois mes petits-fils, je me pose sérieusement des questions : quel monde tout à l’heure, demain et quelle place pourront-ils y tenir ? Et si on s’inspire de nos parcours depuis l’adolescence en 68 à ce jour, le malaise est encore plus fort tant on a laissé filer, on a cru pouvoir changer, pour se retrouver complètement dépassé !!! Et aujourd’hui totalement inutiles, inutilisés, presque parasites car …ça coûte cher au budget ! 
Je vous dis, quand on entend des trucs comme cela, on sent l’indécence de cette caste qui s’enrichit chaque jour un peu plus en nous faisant la leçon qu’il faut réduire les frais. 
Mais on ne sent plus guère non plus un élan collectif de protestation, chacun.e se protégeant au mieux, individuellement. Alors ? 
J’aimerai garder un regard positif, continuer à regarder toutes les initiatives qui sont considérées comme déviantes, marginales, porteuses d’espoir. Mais quand on pense que les robocops d’Etat exercent la répression contre ceux et celles qui défendent leur vie, l’avenir de leurs enfants, on ne comprend plus rien. 
Le non-sens atteint un degré élevé de déculturation en cours.
Je ne sais pas vous, mais moi j’ai atteint un seuil de tolérance…

lundi 4 juin 2018

JUIN...ça commence fort !


Guerre économique entre Europe/Canada/Mexique/Chine et USA après l'instauration des taxes à l'importation de l'acier et aluminium par Trump. Que vont faire les vassaux de l'Amérique que sont Macron et Merkel qui sont allés manger dans la main de Trump il n'y a pas longtemps. Qu'ont-ils obtenu ? Le même dédain qu'ils ont pour leur peuple (sauf leur caste).
L'Espagne de Rajoy qui voulait mettre à terre la Catalogne de Puigdemont va subir la honte avec la destitution de ce premier ministre corrompu qui voulait donner une leçon aux Catalans. Le voilà devant une motion de censure qui l'a fait perdre son poste de premier ministre et se retrouver devant la justice. Exit Rajoy !


L'Italie est en chaos politique perpétuel. Après Berlusconi, dictateur richissime et corrompu (encore un) voilà le retour des fascistes d'extrême-droite de la Ligue du Nord alliés au Mouvement populiste 5 étoiles (gageure de luxe et de qualité ?) L'extrême droite récupère les ministères de l'intérieur et de ...l'éducation : ça promet !
Le FN va changer. Changer de nom bien sûr pas de ligne puisque les lois Macron vont dans leur sens : ce sera le Rassemblement national. ça va être la guerre des chefs sur cette ligne politique entre Marine, Wauquiez et Marion Maréchal qui crée son école des futurs cadres FN.
SNCF roule encore. La grève dure et perdure et c'est le quasi silence. Au début on a (les médias de propagande) essayé de monter les usagers contre les employés de la SNCF. Et puis ça dure et les gens prennent leurs dispositions et les trains qui fonctionnent et ça se calme. Du coup, on ne parle plus de statuts, de privatisation, de mise en concurrence : le gouvernement ignore tout simplement, ne va rien changer à son projet et menace si cette grève doit continuer pendant les vacances...des français. Mais ce service public est le dernier bastion fort et le pouvoir veut le faire plier pour réduire au silence les suivants sur la liste...Et pourtant le droit aux vacances viennent des mêmes combats, elles n'ont pas été accordé par bonté des patrons, mais par le combat politique des syndicats, des ouvriers, des employés, des fonctionnaires...Alors ne nous trompons pas quand on montre du doigt. Choisissez la bonne cible !


Zidane arrête d'être entraîneur du Real après trois Champions league d'affilée gagnées. Il deviendra probablement le prochain entraîneur de l'équipe de France après le Mondial. Lyon, les footbaleuses, ont aussi remporté trois Champions League mais hier soir à la Meinau en finale de la Coupe de France, le match a du s'interrompre à la 58ème minute pour cause d'éclairs et d'orage puissant. Il a repris au bout d'une heure, Lyon a égalisé à la dernière minute mais l'arbitre a refusé le but pourtant évidemment valable. Elle ne voulait probablement pas des prolongations et tirs au but car le match commencé à 21h fin mai a terminé vers 1hr en juin !!! PSG vainqueur 1-0 ...

Le beau temps chaud revient avec le week-end, alors profitez...et ne lisez plus les journaux de propagande c'est à dire la quasi totalité de la presse écrite et TV-radios. Vous ne vous en porterez pas plus mal et verrez peut-être la vie locale autour de vous autrement...Prenez un verre avec des ami-e-s, c'est bien plus agréable que devant les écrans divers...

mercredi 14 mars 2018

ADOLESCENT EN 68

En ce printemps 1968, j’étais à l’Ecole Normale d’Instituteurs de Strasbourg. C’était alors pour un enfant de famille nombreuse, issu d’un milieu ouvrier, un ascenseur social possible quand on était un « bon élève ». Se retrouvaient là des adolescents qui venaient de toute la région surtout rurale, nés après-guerre, d’une Alsace qui avait navigué entre l’Allemagne et la France et qu’on regardait d’un drôle d’oeil. Nous nous sentions alors sous le joug lourd d’un autoritarisme fort, d’une hiérarchie qui ne supportait aucune contradiction. Mais, à cet âge, ça bouillonnait dans les têtes, l’envie de vivre autre chose, de sortir d’un avenir tout tracé. Le poids de la morale était fort, les relations encadrées, les espaces de liberté quasi inexistants.
Seul garçon de la famille, avec quatre sœurs, mes parents m’ont toujours accordé beaucoup de liberté, je m’évadais dans la lecture - «  Sur la route » de Kerouac - et la musique. En 1964, Bob Dylan chantait « the times they are a changing » et les disques anglais et américains commençaient à circuler : Doors, Jefferson Airplane, Cream, Hendrix remplissaient ma petite chambre sous les toits. Je me sentais sérieusement décalé la semaine au milieu des autres élèves. Je m’investissais au ciné-club interne qui me permit de voir les films de Godard, « la bombe » de Atkins et bien d’autres qui enrichissaient mon besoin « d’évasion ». Tout était là en sommeil :  la critique de l’ordre établi, de la société de consommation, l’envie de voyager, de découvrir d’autres univers, car il y avait aussi cette conscience tiers-mondiste, se mobiliser contre la guerre du Vietnam qui était un phénomène rassembleur de cette jeunesse contestataire dont je me sentais partie prenante.
Voilà un peu le contexte de ce printemps 68. Je n’étais pas encore étudiant, pas politisé dans un groupe, juste un jeune de 17 ans qui rêvait d’autre chose.
Et puis, les échos de la capitale parvenaient jusqu’à nous, provoquaient des discussions, sur les pratiques pédagogiques de notre futur métier, la hiérarchie, … et me donnaient des fourmis dans les jambes.
La réforme du ministre Fouchet renforçait la sélection d’entrée à l’université, réglementait les résidences universitaires et interdisait toute mixité. Cela déclencha en partie le soulèvement étudiant.
Puis tout s’accéléra….

                           SURVOL DE L’EPOQUE

Il faut dire que dans ces années-là, la désindustrialisation frappait déjà des secteurs importants comme les bassins houillers et les vallées vosgiennes. La crainte du chômage donnait lieu à des manifestations car il y avait déjà 500 000 chômeurs, 2 millions de salariés gagnaient moins de 500 frs -équivalent de 600 € d’aujourd’hui- et près de 5 millions de français vivaient sous le seuil de pauvreté. Les syndicats CGT et le PCF étaient très présents (mais pas la CFDT, ni FO) auprès des ouvriers et employés. Près des universités, on entendait surtout les trotskistes, les maoïstes, les marxistes-léninistes, le PSU, l’UNEF. Mais aussi tout doucement, divers mouvements autonomes (dont je me sentais le plus proche) , libertaires, féministes, écologistes, voulaient surtout changer la vie ici et maintenant. 68 ne fut qu’un début qui perdura les années suivantes avec des luttes comme celle de la jeunesse scolarisée (la moitié de la population avait alors moins de 25 ans) contre la loi Debré sur les sursis militaires et ...le Larzac.  Ces valeurs de fraternité et d’émancipation cheminent toujours encore aujourd’hui et sont porteurs d’avenir. Ils privilégiaient une démocratie horizontale, l’action collective.

Mai 68 fut surtout, et on a tendance à l’occulter, une victoire pour le monde ouvrier qui se mobilisa dans des grèves gigantesques qui aboutirent à l’augmentation des salaires de 10 %, du SMIC de 35 % à Paris et de 37,5 % en province. d’une quatrième semaine de congés payés. Mais il y eut aussi l’émergence d’une multiplication de lieux de luttes ce qui changea le rapport au pouvoir, à la politique qui se déclina sous des formes diverses et une re-écriture du rapport de force qui engendra la crainte de tout gouvernement des soulèvements de la jeunesse, des ouvriers et même des paysans.
Quand on voit les images des policiers en cravate et matraques de 68 et les robocops surarmés d’aujourd’hui, on voit l’évolution des formes de répression.

                                               FEMINISME ET ECOLOGIE




Mai 68 engendra également un renouveau du féminisme sous des formes revendicatives et des sujets nouveaux : la pilule contraceptive, l’avortement, l’égalité... L’écart de rémunérations d’avec les hommes était d’un tiers, légal et codifié. Cela a peu évolué depuis…Les rapports homme-femme tendent vers plus de partage des tâches, l’accès au monde du travail, la participation des femmes dans tous les secteurs de la vie publique, … Mais ces derniers temps, on voit aussi à quel prix et que l’égalité est loin d’être la norme.


Et puis, une thématique était complètement marginale en 68 : l’écologie. Nous n’étions que bien peu à y être déjà sensibles. Ceux qui en parlaient étaient les naturalistes et scientifiques du Museum National d’Histoire Naturelle, des conservateurs, quasi réactionnaires. Les antinucléaires qu’on entend murmurer sont une association pour la protection contre les rayons ionisants qui parlent de bombes atomiques, et pas du tout des centrales nucléaires décidées par le gouvernement gaulliste qui s’est engagé dans le « tout-nucléaire » avec l’accord de l’ensemble de la gauche de l’époque. Mais une frange de la jeunesse est bien consciente des méfaits de la société de consommation qui entraîne destructions et pollutions. L’instituteur Pierre Fournier ** écrit des chroniques qui paraissent dans Hari-Kiri Hebdo dès 1970, puis dans Charlie Hebdo. Il fonde aussi « la gueule ouverte -le journal qui annonce la fin du monde ». Cabu, Reiser, Cavanna, Wolinski dans Charlie appliquent le radicalisme de l’esprit de Mai à l’écologie, l’environnement, le nucléaire. René Dumont (« l’Utopie ou la mort »-1973) sera porteur de ces idées à la présidence de 74. En Alsace, c’est « Ecologie et Survie » de Solange Fernex, les revues Ionix et Klapperstei (qui ne prennent aucunement la peine de déclarer légalement leur existence) et aussi la première radio libre : Radio Verte Fessenheim. Les militant-e-s écologistes sont traité-e-s de « gauchistes » par les gouvernements successifs, les anti-nucléaires d’être à la solde des pays pétroliers et des Etats-Unis !!!!

 
                                                                
                                                         HERITAGE ?


En ce printemps 2018, on va entendre les voix des « personnages en vue » qui vont raconter « leur 68 » et se répandre dans les médias qui vont faire du temps d’audience sur les archives de 68. Cinquante ans : le temps de l’histoire, qu’ils vont assaisonner à leur sauce. Cohn-Bendit , Romain Goupil sont aujourd’hui des supporters de Macron. A croire que ce qui s’est passé en 68 - et les années qui ont suivies- a fait le lit du libéralisme financier, du productivisme économique. Même s’il y a certainement un lien entre 68 et l’élection de Mitterrand en 81, l’action du gouvernement socialiste, surtout le deuxième septennat, fut une véritable désillusion. Aujourd’hui, la contestation n’est plus le signe d’une démocratie vivante, mais perçue comme un danger de l’ordre public avec comme corollaire une ultra-militarisation des forces de police et des lois répressives à répétition sous couvert de danger terroriste : assignations à résidence et interdictions de manifester pour des militant-e-s, loi anti-regroupements (comme en 1980 la loi anti-casseurs), responsabilité collective, fichages et prélèvements salivaires, …



Cependant, tout le monde n’a pas retourné sa veste, renié ses idées (pour exemple, un des leaders de 68,le discret Jacques Sauvageot, disparu récemment) pour profiter passivement du confort acquis. Beaucoup de ces acteurs-actrices de l’ombre sont resté-e-s fidèles à leurs engagements initiaux, à leurs convictions profondes et s’investissent localement dans une multitude d’initiatives, actifs dans les réseaux rajeunis de l’altermondialisme et de l’écologie et font ainsi de la politique autrement sous des formes très diverses, en étant attaché-e-s à des valeurs collectives, les biens communs, les services publics issus du programme national de la Résistance. Ce sont aujourd’hui d’autres révoltes qui couvent, portées par l’injustice sociale, la pauvreté et l’engagement de nouveaux publics dans le champ politique. On assiste à des convergences de lutte (jeunes, paysans, employés, ouvriers, étudiants, lycéens, …) comme NDDL et autres projets inutiles, combattus partout sur le territoire et dans des secteurs divers.

Et nous autres, papys et mamies, savons allier "le pessimisme de la raison et l’optimisme de la volonté", comme disait Gramsci. 
Nous ne ne laissons pas pervertir par la surconsommation permanente, le discours dominant de la croissance par la productivité, facteur d’emploi et de mieux-vivre. 
Nous ne nous laissons pas divertir par internet pour fuir les questions du monde d’aujourd’hui où l’intelligence artificielle va dématérialiser toute action revendicative, humaine...
Nous sommes encore vivant-e-s et porteurs-porteuses de mémoire et ...d’expérience, à partager.


  
                                                     Rassemblement des Glières tous les ans 
                                                     Cette année 2018 ce sera les 1-2-3 juin 
                                              à Thonon-Glières (Haute Savoie) près d'Annecy



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Sources : diverses archives, Wikipédia, Politis, ….
Dessin de Phil Umbdenstock / Colmar

Je ne peux que vous recommander le hors-série n°67 (février-mars 2018) de POLITIS

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** et en complément, voilà ci-dessous le premier éditorial de Pierre Fournier, fondateur de "La Gueule Ouverte"....

" La Gueule Ouverte est virtuellement née le 28 avril 1969. J’ étais dessinateur et chroniqueur à Hara-Kiri-Hebdo, payé pour faire de la subversion, et dès le N°13, lassé de subvertir sur des thèmes à mes yeux rebattus, attendus, désamorcés d’avance. Prenant mon courage à deux mains, j’osais parler d’écologie à des « gauchistes ». Permettez que je me cite (sinon, tournez la page) :
- « Pendant qu’on nous amuse avec des guerres et des révolutions qui s’engendrent les unes les autres en répétant toujours la même chose, l’homme est en train, à force d’exploitation technoloqiue incontrôlée, de rendre la terre inhabitable, non seulement pour lui mais pour toutes les formes de vie supérieure qui s’étaient jusqu’alors accommodées de sa présence. Le paradis concentrationnaire qui s’esquisse et que nous promettent ces cons de technocrates ne verra jamais le jour parce que leur ignorance et leur mépris des contingences biologiques le tueront dans l’oeuf. La seule vraie question qui se pose n’est pas de savoir s’il sera supportable une fois né mais si, oui ou non, son avortement provoquera notre mort.
Bien que quelques fadas n’aient pas attendu l’aurore du siècle pour la concevoir, cette idée est si neuve, et nous sommes depuis la maternelle si bien conditionnés dans l’autre sens, que presque personne ne l’a encore comprise. Surtout pas les distingués académiciens qui tous les 28 jours, sur un ton désabusé mais élégant, nous emmènent faire un tour sur la vieille balançoire intellectuelle de la médaille du progrès, avec son avers et son revers. C’est trop monstrueux pour qu’on puisse y croire. Les gens sont comme ça, plus butés que les boeufs qui, conduits à l’abattoir, profitent de la première occasion pour s’échapper. C’est pourquoi la catastrophe, beaucoup plus prochaine que vous n’imaginez, ne pourrait être évitée que par une réforme des habitudes mentales plus radicale encore que celle jadis opérée par les rédacteurs de la Grande Encyclopédie. Ça représente du travail.
Mais chercher quoi faire pour survivre aux trente années à venir, c’est abstrait comme préoccupation. On ferait mieux de parler encore du Vietnam. Là au moins, y a rien à faire et rien à comprendre, tout est dit. C’est bien reposant.
Au mois de mai (68), on a cru un instant que les gens allaient devenir intelligents, se mettre à poser des questions, cesser d’avoir honte de leur singularité, cesser de s’en remettre aux spécialistes pour penser à leur place. Et puis, la Révolution, renonçant à devenir une Renaissance, est retombée dans l’ornière classique des vieux slogans, s’est faite, sous prétexte d’efficacité, aussi intolérante et bornée que ses adversaires, c’est aux Chinois de donner l’exemple, moi j’achète selon Mao et je suis ».
Je conclus en invitant à lire « l’Affranchi », un mensuel écologique que venaient de fonder deux types de vingt ans et qui ne devait pas survivre à son numéro trois. Ceci pour dire que nous étions alors quelques-uns à savoir qu’il y avait urgence, et que cette urgence consistait en ceci : faire coïncider la révolte instinctive, viscérale, de la jeunesse (que nous interprétions comme une révolte de la VIE face aux artifices mortels de la collusion pouvoir-savoir) avec ce que nous pensions être LA RÉALITÉ DE NOS VRAIS PROBLEMES.
Non je n’étais pas seul, loin de là, mais j’étais seul à disposer d’un gueulophone, avec toute la liberté de m’en servir. Pour conduire à son terme la nécessaire rencontre du gauchisme et de l’écologie, la faire déboucher sur le nécessaire dépassement et le renouvellement, à la fois, j’avais une tribune dans « le seul journal parisien » (dixit Wolinski) dont le réfracteur en chef ne soit pas « un pourri » c’était une chance extraordinaire et il aurait été très bête de n’en pas profiter.
C’est ainsi que Hara-Kiri-Hebdo-Charle Hebdo, qui n’était pas serment le prolongement hedmonadaire de Hara-Kiri mais, j’en suis sûr, le seul prolongement historique authentique du grand éclat de rire libérateur de mai 1968, devint, bon an mal an, le porte-voix français - disons européen, car le phénomène est unique - de la nouvelle gauche écologique.
Gueuler ne suffisait pas. Très vite, des lecteurs m’écrivirent pour l’enjoindre de fonder, et plus vite que ça, un parti « rousseauiste » destiné à regrouper les « marginaux ». Les marginaux - comme ils ont raison ! - n’ayant pas envie d’ête regroupés, et surtout pas au sein d’un parti, quel que soit son isme, il y avait sans doute mieux à faire.
Un matin d’avril 1971, un emmerdeur (je ne croyais pas si bien dire) vient me rendre visite, en voisin, dans ma résidence de Leyment (Ain). Pédago à la barbe de prophète, gauchiste revenu du gauchisme, nostalgique de mai 68, assez mal dans sa peau et tout seul dans son trou, il me propose de mener une action contre l’usina atomique de Saint-Vuilbas (Ain), dite Bugey ! (et rendue célèbre par nos soins : certains ont fini par croire qu’elle s’appelait « Bugey-Cobayes » ! Celle-ci devait diverger dans 6 mois pour empêcher ça. En Alsace, les gens du Comité pour la Sauvegarde de Fessenheim et de la plaine du Rhin menaient une lutte solitaire et désespérée contre l’implantation d’une centrale nucléaire sur les bords du fleuve international. « Survivre » et « les Amis de la Terre » les aidaient de leur mieux. Soutenu par un battage intensif dans Charlie-Hebdo, le comité Bugey-Cobayes prit le relais.
Le succès dépassant toutes nos espérances, 15000 jeunes et moins jeunes, venus de la France entière et parfois de l’étranger, se rassemblèrent, le 10 juillet, pour une « grande marche politique, non-violente et joyeuse », face à l’usine atomique. Les médias furent contraints de faire écho. La contestation écologique, franchissant l’Atlantique avec un peu de retard sur les capitaux de Westinghouse, faisant son entrée dans la conscience française. Je parle de la vraie contestation écologique, la non-récupérable (et moins que jamais récupérée à ce jour, n’en déplaise aux semeurs de confusion). Bugey 01, la grande fête à Bugey, fut un révélateur. Elle reste pour beaucoup un souvenir inoubliable. Tout, avec le recul du temps, nous semble avoir concouru à la réussite : l’ordre et le désordre, le refus des discours, le refus de la violence et le refus du spectacle, le nudisme ingénu, le partage et la rencontre. Tout y était en germe.
Le sit-in de 6 semaines, face à l’usine, à ses esclaves et à ses victimes, enracina, non pas tant dans les « populations » vassales de la télé, mais chez les participants à l’action, la volonté, le besoin irrépressible de changer la vie. Nous n’avons pas empêché la mise en scène de Bugey1, mais ce n’était pas - nous le savons aujourd’hui - l’objectif visé.
Les « anciens combattants de Bugey » ont porté, aux quatre coins de l’hexagone et au delà, sous la bonne parole écologique, le ferment d’une civilisation nouvelle, à la juste mesure de l’homme libre, qui substituera, aux structures mécaniques, leur contenu vivant.
Si, à compter de leur participation aux manifs de Bugey-Cobayes, rien ne pouvait plus être pareil pour beaucoup de gens, cela était encore plus vrai pour les organisateurs desdites manifs. Quand, rendant à Emile, qui m’avait embarqué dans l’aventure Bugey, la monnaie de sa pièce, je l’ai embarqué dans l’aventure du « journal écologique », il n’as pas résisté. On ne résiste pas, n’est-ce pas, à l’incarnation du destin dans l’Histoire...."