lundi 7 décembre 2015

JE NE SUIS PAS JOUEUR

VIE et POLITIQUE

Comme chaque jour d'élections, la tension monte, monte et au moment de la publication des résultats, c'est comme pour le joueur,  le parieur, ça explose ou ça retombe, selon le “vainqueur”!
Pour le “commun des mortels”(j'utilise ce terme intentionnellement), cela montre bien combien la politique reste un jeu de vainqueurs et de vaincus. Car il y a la vie et demain, elle reprend son cours : je vais me lever, je vais aller travailler pour avoir un salaire qui me permet d'avoir un toit, de me nourrir et m'habiller, éventuellement de sortir un peu et de prendre quelques jours de vacances.
La vie, quoi ! Car pour le” commun des mortels”, la politique c'est d'abord réservé à une caste et presque toujours les mêmes. Mais à l'orée de la vie, de ma vie, quelle importance que la “politique” ?
Qu'est-ce que j'ai fait de ma vie ?




Il faut relativiser, mettre en perspective et surtout hiérarchiser ce qui est important dans la VIE, dans notre vie. Nous sommes nés quelque part, par hasard ? Mais on aurait pu naitre ailleurs et notre vie aurait été bien différente peut-être. Bon, on est né blanc, dans un pays riche où on peut s'exprimer plus ou moins librement, où on arrive à survivre et même à avoir des plaisirs, des loisirs. L'autre là, il vient d'ailleurs et qu'est-ce qu'il vient faire là à venir profiter au lieu de rester chez lui. Et en plus, il prend notre travail. Et regarde comme il vit ! Il pourrait au moins respecter notre façon d'être ici.
La première forme d'exclusion commençait ainsi et cela ne date pas d'hier : il y a eu tellement de vagues d'immigration liées aux guerres des siècles derniers et actuellement encore. Avec ce rejet premier, nous sommes déjà rentrés dans un processus de déshumanisation : l'autre n'a rien à faire ici et en plus, il va rogner une part de mes avantages. Et qui va me défendre, car si on laisse faire, tous ces gens d'ailleurs vont obtenir des droits, les mêmes droits que moi, et en plus, ils vont profiter du “système”.
Pour nous “défendre” (j'utilise exprès ce mot et pas une expression du genre : “pour arriver à vivre ensemble harmonieusement”), donc pour nous défendre, ce sera qui ? Selon la façon de penser de chacun-e (et je ne vais pas développer ici comment chacun-e est arrivé à penser d'une certaine façon : plus au moins de respect humain, plus au moins d'exclusion pour ne pas aller jusqu'à “l'élimination” qu'on a déjà vu ou lu dans notre histoire récente), donc selon la façon de penser, on cherche des représentant-e-s et cela passe par des élections dans un pays qui se veut démocratique et respectueux des droits et des devoirs de chacun-e. C'est là qu'on rentre dans une autre dimension qui n'est plus du domaine HUMAIN, mais du domaine du POUVOIR. On délègue et on défend ses idées (générales). Quitte à renier d'une certaine façon, notre humanité et une certaine empathie envers l'autre, le voisin.

JEU et METIER
On attend donc de ce représentant qu'on a élu qu'il défende des idées, nos idées. On est donc là dans l'idéologie : si tu ne penses pas comme moi, tu es exclu de mon monde. Nous sommes dans le stade 2 de l'exclusion et notre part d'humanité a déjà pris le large. Donc ce représentant élu (ou représentante élue) est censé agir à son niveau (municipal, régional, national) afin que mes idées soient mises en oeuvre et suivi d'effets réels. Le pouvoir délégué ainsi nous déresponsabilise d'une certaine façon puisqu'on attend de l'autre qu'il-elle agisse en notre nom. L'élu-e rentre donc dans ce cercle d'élu-e-s qui agissent, se meuvent dans ces bâtiments, ces auditoriums, ces bureaux dans un jeu d'influence totalement hypocrite pour arriver à faire passer des textes, des lois, des amendements, etc...Quand ça n'aboutit pas, on a l'excuse facile : “ce n'est pas évident, c'est difficile, faut convaincre, approfondir l'étude, voir toutes les conséquences, etc...” Le temps passe, on re-vote, on refait confiance aux mêmes qui sont ré-élu-e-s. C'est ainsi que, avec le temps, on se retrouve avec une caste d'élu-e-s de “métier” qui ne font plus que cela depuis des années, qui ont perdu le sens des réalités, qui vivent bien grâce aux “indemnités “ (en fait, des salaires) qui vont avec leurs “responsabilités” et qui peuvent même les amplifier sérieusement en cumulant plusieurs postes d'élu-e-s “pour être plus efficace, avec plus de pouvoirs” !!! Peut-on sérieusement faire bien plusieurs choses en même temps à ce niveau, dans ces milieux ? Et pire encore, cette caste se croise, se connait et petit à petit, ce n'est plus l'idéologie ou le bien commun qui compte, mais sa carrière, de durer et de continuer à emmagasiner avantages et émoluments chiffrés (pour beaucoup déduits des impôts en plus !). Jeu pervers, paroles et promesses hypocrites et surtout on s'y accroche, on ne veut plus partager. La politique ainsi devient malsaine, nauséabonde, criticable au quotidien et propagandiste pour masquer une réalité pas très belle. Attention : je ne mets pas tout le monde "dans le même sac", mais cela représente quand même pas mal d'élu-e-s même s'il reste des ...exceptions (et j'en connais), des gens dévoués à une cause, à une mission comme il y a des gens qui ont la “vocation”, mais ils-elles sont de plus en plus rares et malheureusement perdu-e-s dans la masse.

COMPETENCES et RESPONSABILITES
Nous arrivons là au niveau qui nous intéresse aujourd'hui au lendemain de ces élections régionales. La marche du haut dans un pays comme le notre est de gagner le pouvoir suprême : l'élection présidentielle, afin de pouvoir placer toutes les personnes qui vous ont aidé à “grimper” à des beaux postes bien rémunérés où la vie est facile aux frais des contribuables (et électrices-électeurs) que nous sommes. Peut-on espérer du changement lorsqu'on a délégué son pouvoir jusqu'à ce niveau ? Bien sûr, on espère. On espère que nos idées soient mises en oeuvre au niveau de tout le pays. Malheureusement, on s'est rendu compte ces dernières années que les uns et les autres pratiquaient la même politique économique, sociale et environnementale, que la différence idéologique ne prévalait plus, bref que quelque-part, tout ce processsus électoral ne menait à pas grand chose si on rejettait en route tout ce pour quoi les électrices et électeurs ont voté. A ce jeu irresponsable de reniements, tout le monde en sort perdant. Il n'y a que le petit nouveau (ou la petite nouvelle) qui peut faire miroiter encore qu'on peut croire en lui ou elle, car pas encore vraiment dans les arcanes du pouvoir. Mais une fois installé-e, ce ne sera pas différend des autres. Pourquoi est-ce que cela le serait d'ailleurs. Dans le rejet, l'humain disparait, il n'y a plus que l'intérêt personnel ou d'une petite caste qui rentre en ligne de compte. Nul n'y fera exception dans ce système pyramidal, vertical du jeu de pouvoirs. On pourrait imaginer que l'on mette en avant les personnes compétentes dans un domaine. C'est vrai qu'il y aurait là une avancée, un intérêt pour tout le monde. Mais citez moi un exemple où cela se serait passé ainsi !




Aujourd'hui, la caste politique qui était aux “affaires “ces dernières décennies se frotte les yeux devant les nouveaux aux dents longues. Ils en faisaient pourtant partie, il n'y a pas trop longtemps, de ces nouveaux qui “en voulaient”. Mais regardez leur bilans, leurs résultats. UMP et PS ont déçu, se sont reniés, les uns en faisant une politique contraire à ce qu'ils promettaient, les autres en essayant de se maintenir avec un discours qui reniait de plus en plus les valeurs républicaines (gaullistes) en allant draguer sur les prés voisins. Ne nous leurrons pas, ce sera pareil avec d'autres, ce n'est qu'une question de mois, d'un peu de temps ; tous les mensonges et bassesses et tromperies sont présents dans ce jeu pour arriver au pouvoir.
Et il est devenu tellement odieux aujourd'hui, tellement éloigné des gens, de la vie réelle que ce jeu vascille entre faire peur pour s'accrocher, mentir pour arriver et renoncer pour avoir une chance de se relever. Nous en sommes là aujourd'hui, tout le monde peut le voir, le reconnaître, en prendre conscience.


 
Et alors ?
Alors, peut-être faut-il passer par là pour que ce jeu s'arrête, pour qu'on revienne à se regarder, se parler, échanger au lieu de s'exclure, se monter les uns contre les autres. Passer par là pour (re)construire une démocratie vivante et aux pouvoirs horizontaux, collectifs, relocalisés. Pour redonner aussi aux territoires ruraux abandonnés par les services publics (et la culture, l'éducation, la formation, les transports, …) une existence dynamique. Il y a déjà pas mal de personnes qui se rendent compte de l'impasse institutionnelle actuelle et qui ont remis leurs énergies, leurs compétences au service d'une vie localisée , de proximité, d'expérimentation, ….
L'avenir, s'il doit rester “pacifique”, se construira là. Le chaos lui, entrainera désespérance et violence. Et alors, à l'orée de notre vie humaine, comment nous regarderons-nous en face ?
Si l'humain ne change pas, nous resterons toujours dans une spirale que nous connaissons, du début à la fin. Reproduire toujours à l'identique peut être rassurant car en territoire connu, mais quand on pense d'où l'on vient, par où on est passé et qu'on veut se donner un avenir, à nos enfants et petits-enfants, alors il faut être courageux, sortir des chemins qu'on nous trace, expérimenter, partager, retrouver des valeurs humaines, redevenir son ETRE profond.




Ce lendemain ….
Pour “analyser” un minimum, les résultats stricts des Régionales, je ne peux que dire très vite ce que je ressens au lendemain du premier tour et lié à ce que j'ai écrit ci-dessus :
il n'y a guère de surprises pour moi. Les partis ont abandonné les territoires pour se cantonner dans des fonctionnements de castes qui veulent se maintenir à tout prix. Même le FN qu'on pointe du doigt est dans le même fonctionnement clanique (et même familial) : l'objectif n'est pas de gagner des régions à ces élections ( ils n'ont pas fait campagne sur les compétences des régions, mais sur leurs thèmes nationaux habituels). Pour eux, l'objectif c'est la Présidentielle de 2017 et aussi de ridiculiser les partis dominants jusque là, ce qui est facile tellement ils se contredisent sans arrêt dans des mensonges, des reniements et tromperies quotidiens. Mais le FN est dans le même esprit : mensonges et promesses irréalisables pour arriver au pouvoir. L'UMP-LR et ses alliés Modem-UDI... qui pensaient en draguant sur les thèmes frontistes récolter des voix et faire un raz-de-marée sur les régions fait profil bas et veut faire croire qu'ils seront les défenseurs de la République face au danger extrémiste. Mais ils n'ont aucune réserve de voix car imaginer que des électeurs idéologiquement de gauche vont voter pour Estrossi ou Bertrand,c'est encore une fois se fourvoyer et faire peur... Le PS constate les dégats commencés en ...2002 ! Ils ont joué l'hégémonie, la prétention d'être LA gauche. Ils ont piétiné leurs alliés, ont imposé une politique qui au fur et à mesure ressemblait comme deux gouttes d'eau à celle de leur prédécesseur. Le monde ouvrier, le monde paysan, les artisans, PME, entreprises, le monde associatif, de l'économie sociale et solidaire, les écologistes, etc...etc...etc...ne se sont plus retrouvés dans ce qu'est devenu ce parti de notables qui faisait une politique capitaliste, libérale, productiviste... et sans aucune amélioration dans la vie quotidienne, sans réduction du chômage et de création d'emplois durables dans des secteurs d'avenir. Aujourd'hui, ils sont si lamentables qu'ils se retirent en laissant des territoires entiers : ils n'ont même plus le courage d'exister dans une opposition politique régionale. S'ils croient se relever ainsi, ils se trompent et ils nous trompent. Au lieu de créer un vrai pôle large de rassemblement à gauche avec un programme idéologique clair et sa mise en oeuvre (ils ont quasi tous les pouvoirs), le PS a abandonné, renié, une fois installé. C'est honteux et une très grande déception depuis trois ans pour celles et ceux qui attendaient autre chose face à la crise financière provoquée et au désarroi de l'emploi salarié.
Le peu de considération de ces  partis pour leurs possibles alliés a provoqué un éclatement hétéroclite. Selon les régions, les écologistes, les centristes gaullistes, le Front de gauche,...ne sont, dans la tête de ces partis dominants, qu'une réserve de voix pour le deuxième tour, mais pas du tout des forces d'alerte ou de propositions. S'ils pensent que la “peur”, le vote “utile” va suffir, ils se trompent encore une fois totalement. Ils n'ont toujours pas compris qu'on a changé d'ère, de siècle, de façon de regarder l'avenir.

On pourrait se dire que entre décembre 2015 et le printemps 2017, il y a de la marge pour éclaircir, changer...Mais pour cela, il faudrait une sacré révolution culturelle et institutionnelle.
Et celles et ceux en place, qui l'étaient et qui souhaitent le devenir ou redevenir ne sont pas sur cette longueur d'onde. Ils-elles ne voient pas les choses avec humanité, mais réfléchissent en terme de pouvoir et souvent ...d'argent.
On est au début du XXIème siècle, on a encore un fonctionnement, des institutions du siècle dernier. Mais on a aussi la connaissance et le recul aujourd'hui suffisants pour nous rendre compte qu'il faut faire évoluer les institutions, avancer autrement, différement, reprendre sa vie en main, localement.





 
PENSER global, AGIR local
Ne me faites pas dire ce que je ne pense pas : “il n'y a plus rien à attendre de LA politique et s'en détourner”. Ce serait renier les valeurs fondamentales de la République, de la démocratie et du vivre ensemble dans un espace apaisé.
“La politique renvoie à la constitution et concerne donc la structure et le fonctionnement (méthodique, théorique et pratique) d'une communauté, d'une société, d'un groupe social. La politique porte sur les actions, l’équilibre, le développement interne ou externe de cette société, ses rapports internes et ses rapports à d'autres ensembles. La politique est donc principalement ce qui a trait au collectif, à une somme d'individualités et/ou de multiplicités.” (Wikipedia)
Mais, ce qu'on vit depuis des années, ce n 'est plus que l'autre face, celle qui “se réfère à la pratique du pouvoir, soit donc aux luttes de pouvoir et de représentativité entre des hommes et femmes de pouvoir, et aux différents partis poliques auxquels ils peuvent appartenir, tout comme à la gestion de ce même pouvoir.” (Wikipedia)
C'est cette politique dévoyée, décrédibilisée qui montre aujourd'hui ses limites et ses déviances. Toutes les personnes qui croient à nos valeurs républicaines, à un système démocratique qui respecte chacun-e dans sa diversité et la liberté de sa vie personnelle, toutes ces personnes doivent continuer à AGIR et se battre idéologiquement et par l'exemplarité de leurs actes afin que ces valeurs humaines perdurent et reprennent vie au plus près de nos ...vies.

Et, localement, il y a plein de lieux d'action et de débat. Si non, il faut les créer et mettre en oeuvre le lien social qui nous a abandonné dans une société qui s'est fortement individualisée.

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